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Un journal de plus va mourir

Fabien Feissli

Ce texte est issu de la newsletter quotidienne et gratuite de Heidi.news, Le Point du jour, et de ses éditions spéciales avec un invité.

Bonjour, c’est Fabien à Morges, où je suis bien triste de vous annoncer que l’hebdomadaire Micro va tirer sa révérence, la faute au Covid.

Ce matin, à l’invitation de Heidi.news, je reviens sur cette aventure humaine et éditoriale, qui s’était donné pour but de raconter le quotidien des Romands.

Dans le rétro

D’abord, les faits, bruts. Malgré un début d’année 2020 très encourageant, l’hebdomadaire romand Micro cessera sa publication. Un dernier numéro paraîtra le 30 mai. La pandémie de Covid-19 a fortement impacté les clients principaux du titre: les cafés-restaurants, les cabinets médicaux, les salons de coiffure et les cafétérias. Dans ces conditions, il nous est impossible de reprendre sereinement la parution. Les modestes bénéfices de l’association serviront à rembourser intégralement tous les abonnements souscrits en 2020 et à faire deux dons de CHF 10’000 chacun au journal satirique «Vigousse» et au média en ligne La Torche 2.0.

Sur les cendres du Matin. Voilà pour l’avis mortuaire. Mais, avant de disparaître, Micro a vécu. Et plutôt bien. Tout commence fin 2017 alors que bruissent les rumeurs de la mise à mort prochaine par le groupe Tamedia du quotidien Le Matin (ce qui arrivera le 21 juillet 2018). Très vite, un rêve naît: un journal papier géré par ceux qui le font (au total, une septantaine de journalistes, photographes, dessinateurs, graphistes, etc.) et destiné en priorité aux lieux publics, notamment aux cafés-restaurants. Le 28 janvier 2019, quand nous dévoilons notre projet, celui-ci s’est trouvé un nom, Micro. Il s’agira d’un tri-hebdomadaire centré sur la Suisse romande qui se détachera de la course effrénée à l’actualité pour raconter le quotidien de ceux qui vivent ici. Surtout, le journal ne contiendra aucune publicité, tournera uniquement grâce à ses abonnés et sera géré par une association à but non-lucratif. Le ton est donné, nous ne sommes pas là pour gagner de l’argent mais pour défendre une certaine idée du journalisme.

Le site de Micro (FR)

L’argent reste le nerf de la guerre… Durant près d’un an, nous avons cherché des fonds auprès de mécènes, sans succès. Ceux qui ont des moyens ne soutiennent pas la presse et ceux qui soutiennent la presse n’ont pas de moyens. Nous n’avons sans doute pas les bons réseaux, pas les bons codes, et davantage d’énergie que de budget. Alors nous sacrifions nos salaires à nos convictions pour donner une chance à notre canard de voler de ses propres ailes. Aujourd’hui, notre candeur me saute aux yeux. Toucher une large audience sans ressources est utopique. À l’époque, nous cherchons à réunir CHF 90’000 pour garantir l’impression et la livraison du journal durant les quatre premiers mois.

Darius Rochebin annonce le lancement de Micro (RTS) (FR)

Crowdfunding. Ce 28 janvier 2019, tout repose sur la générosité des Romands. Et, dès les premières heures, ils répondent présents. En quelques jours, le cap du financement participatif est atteint puis dépassé et, le 14 mai 2019, le premier numéro de Micro voit le jour. L’aventure peut commencer.

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