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Suis-je capable d’écrire? Est-ce possible de passer d’un coup de l’autre côté du miroir?

Géraldine Savary

Il y a une année jour pour jour, je siégeais au Conseil des États, comptant le nombre de femmes assises en face de moi (cinq) et de jours qui me séparaient de la fin de mon mandat de parlementaire. Je ne savais pas du tout ce que j’allais devenir. Aujourd’hui, grâce aux mobilisations engagées le 8 mars dernier, de six, les femmes sont passées à douze au Sénat et voilà que je tente un retour à mes premières amours, l'écriture. Comme quoi, tout peut arriver en une année…

Quand l’équipe de Heidi.news m’a approchée pour me proposer une contribution régulière, je me suis demandé, en vrac: suis-je capable d’écrire? Ai-je quelque chose à dire? Est-ce possible de passer d’un coup de l’autre côté du miroir? Et sur quoi vais-je pouvoir m’exprimer, sachant que mon mandat à la PostCom, l’autorité de surveillance du marché postal, m’impose un certain devoir de réserve tant sur les décisions du Conseil fédéral que sur celles du Parlement?

Oubliés donc la chronique politique, le commentaire fielleux sur d’anciens collègues, les leçons de choses d’une ex-sénatrice sur l’état du monde, ou celui du Parti socialiste ou de la ville de Lausanne… La liberté conquise à la fin d’un mandat politique se heurtait vite à de nouvelles contraintes. J’ai compris dès lors qu’on ne repart pas de zéro, ni de nulle part. Ce que vous avez été s’additionne à ce que vous êtes et ces strates font de vous non pas une personne plus libre mais simplement plus consciente de ses forces, de ses vulnérabilités et de ses limites.

Par chance, c’est justement ce qui intéressait Heidi.news: que munie d’une expérience de journaliste, de la connaissance acquise durant toutes ces années de la Suisse ainsi que des actrices et acteurs qui la composent, je raconte des rencontres, je raconte des gens. Des gens que j’ai déjà rencontrés ou que j’ai envie de rencontrer. De faire une interview où ce qu’on est et ce qu’on a été irrigue la narration. De dessiner, article après article, une sorte de constellation dont le tracé serait totalement subjectif, aléatoire et transparent. L’offre m’a paru alléchante. Un peu risquée aussi, à trouver l’équilibre entre la modestie de celle qui écoute et la vanité de celle qui choisit ses interlocutrices et interlocuteurs.

Et donc cela commence maintenant. Le hasard n’a rien à y voir, comme souvent. Demain dimanche, se célèbre la journée internationale de la femme. Depuis plus d’une année, le monde est secoué par les légitimes revendications des femmes à plus d’égalité. Des visages jusque là inconnus sortent de l’ombre. Des paroles tues ou méprisées résonnent dans l’espace public. Dans tous les domaines, culturels, politiques, économiques, médiatiques, les femmes conquièrent leur place, leur liberté, leurs droits, sur le mode «je me case ou je me casse». Profitons-en pour faire une promesse. Je rencontrerai, donnerai visage et paroles à au moins autant de femmes que d’hommes. C’est plus qu’un engagement, c’est une évidence sachant à quel point les talents, les intelligences et la créativité se conjuguent tout autant au féminin qu’au masculin.

Aujourd’hui, je vous présente Joëlle Bertossa, productrice de films. On s’est rencontrées sur un malentendu, et c’est ainsi que parfois débutent les belles histoires. Je voulais l’entendre sur la place des femmes dans le cinéma, sur son travail, peu connu dans la chaîne de production cinématographique suisse, sur les divisions haineuses qui aujourd’hui enveniment le monde du cinéma. Voici ma première «rencontre» pour Heidi.news...

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