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Rendre la langue plus neutre atténue les inégalités de genre

Image d'illustration. / Flickr

La Suède a adopté en 2015 le pronom neutre «hen», qui permet de parler d’une personne sans préciser son sexe. Alors que le «hen» a fait sa place dans le quotidien des Suédois, des chercheurs américains concluent que ce changement lexical réduit les biais qui discriminent les femmes et les personnes LGBT.

Pourquoi c’est important. Au sein de sociétés qui s’interrogent de plus en plus sur les meilleurs moyens de réduire les inégalités de genre, le débat fait rage autour de la pertinence et des effets de mesures comme l’écriture inclusive ou l’introduction d’un pronom neutre. Cette étude montre que ces changements ne relèvent pas du politiquement correct, mais ont bel et bien un impact.

Le contexte. Les discussions autour de l’usage de pronom neutre «hen», aux côtés de «hon» (elle) et de «han» (il), ont pris de l’ampleur en Suède à partir de 2012. En 2015, le pronom neutre a fait son entrée officielle dans le dictionnaire de l’Académie suédoise. Aujourd’hui, il est largement utilisé au sein de la population, selon l’étude publiée dans PNAS.

Un de ses auteurs, Efren Perez, professeur de sciences politiques et de psychologie à l’Université de Californie à Los Angeles précise:

«‘Hen’ est employé lorsque le genre n’est pas clair, par exemple, dans la rue pour désigner un bébé. Il est aussi utilisé lorsque le genre n’a pas d’importance ou ne devrait pas en avoir, par exemple par la police lorsqu’elle décrit les circonstances d’un accident.»

Lors d’études précédentes, les chercheurs avaient examiné comment la langue influence les attitudes ou les opinions politiques en comparant différentes langues. Mais cette approche comporte une limite de taille: la langue coïncide avec un contexte culturel précis. Le cas suédois permet d’isoler l’effet de la langue dans un contexte culturel constant.

La méthode. L’étude a été réalisée en Suède avec 3393 participants.

  • Dans un premier temps, les participants ont reçu un dessin représentant une personne de sexe non précisé promenant un chien.

  • Les chercheurs ont ensuite séparé les participants en trois groupes et leur ont demandé de décrire en trois phrases ce qui se passait sur l’image en utilisant respectivement le pronom neutre «hen», le pronom féminin «hon» et le pronom masculin «han».

  • Au cours d’une étape supplémentaire, sans recevoir aucune indication de nom ou de genre, les participants ont dû compléter l’histoire d’une personne se présentant à une fonction politique.

  • Finalement, ils ont dû répondre à des questions sur leur perception et le rôle dans la société et la politique des femmes et des personnes LGBT.

Les résultats. Les chercheurs ont constaté que:

  • Les participants à qui ils avaient demandé de décrire le premier dessin avec un pronom neutre étaient plus enclins à utiliser des personnages «non masculins» dans l’histoire qu’ils devaient compléter ensuite.

  • Cette présence de personnes «non masculines» dans le récit est associée à une attitude plus positive concernant les carrières politiques féminines.

  • L’utilisation de «hen» est liée à un sentiment plus positif vis-à-vis des personnes LGBT.

Efren Perez:

«La langue joue un rôle important. Elle peut constituer un outil, en particulier pour les décideurs qui veulent agir en faveur de l’égalité. La changer ne garantit pas l’élimination des inégalités, mais permet de faire un pas de plus dans cette direction.»

L’avis des experts. Sabine Sczesny, professeure au Département de psychologie sociale de l’Université de Berne:

«L’utilisation de formes neutres atténue les représentations mentales en faveur des hommes. Cette recherche apporte une preuve supplémentaire qu’un langage plus inclusif permet de réduire certains biais.»

Ferdinando Miranda, chargé de projets genre et LGBTIQ à l’Université de Genève.

«Il s’agit de travaux importants. Le savoir académique doit s’inscrire dans les enjeux sociétaux actuels et apporter des réponses. Cette étude donne de la légitimité à certains types de mesures. Elle deviendra certainement une référence pour les collectivités et les institutions qui réfléchissent à la question du langage inclusif.»

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