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Pourquoi lit-on tout et n’importe quoi sur la nutrition

La nutrition est le sujet qui intéresse le plus les populations contemporaines et riches. Mais c’est aussi le domaine le moins sérieusement exploré par la science biomédicale, où s’expriment le plus de biais, où les mensonges côtoient les semi-vérités. Des mouvements, souvent commerciaux, mais frôlant parfois le sectaire, nous promettent bien-être et bonheur.

Pourquoi c’est problématique. Il se joue dans la nutrition non seulement une importante part de l’économie, mais aussi de la géopolitique et de l’avenir environnemental. Elle a un impact déterminant sur la santé, influençant la survenue de maladies et la longévité: un sujet sérieux qu’on ne peut laisser aux seules puissances du marketing.

Sur cet étrange sujet qui, sous le voile d’une apparente banalité, occupe le cœur de notre époque, le très sérieux JAMA (EN) a publié un article subversif.

Qu’est-ce que le bien-manger? Son auteur John Ioannidis, prof de médecine préventive à Stanford, y prend le sujet à bras le corps. Que sait-on de solide concernant le bien-manger ? Pas grand-chose. Le problème, c’est que les associations entre données épidémiologiques et facteurs nutritionnels n’équivalent pas à des causes. Entre les deux existe un fossé. Ce que nous pensons solide est souvent incertain, voire faux. Et cela, encore plus en nutrition qu’ailleurs.

La science confine parfois au bricolage. C’est le propos de Ionnidis, déjà remarqué pour ses précédents travaux. Déjà en 2005, il bousculait l’establishment avec un article qui a connu un impact majeur, intitulé: «Why Most Published Research Findings Are False». Il a depuis également montré que les neurosciences sont des bricolages peu fiables ou que la plupart des recherches cliniques sont inutiles.

Pourquoi les statistiques sont parfois trompeuses. Le problème, rappelle Ioannidis, est que les études de cohorte permettent d’affirmer tout et son contraire. Pou n’importe quel aliment, on peut trouver des associations statistiquement significatives avec un risque de mortalité, ou à l’inverse, avec une meilleure espérance de vie.

Florilège d’études, pourtant publiées dans des revues considérées comme sérieuses:

«Manger 12 noisettes par jour prolongerait la vie de 12 ans (soit 1 an par noisette), boire 3 tasses de café par jour permettrait de gagner 12 ans et manger une mandarine par jour allongerait la vie de 5 ans. Au contraire, consommer un œuf par jour réduirait l’espérance de vie de 6 ans, et deux tranches de bacon par jour réduirait la vie d’une décennie, un effet pire que le tabagisme. »

Et la liste ne cesse de s’allonger. Des affirmations statistiquement biaisées, argue le professeur.

«Ces résultats reflètent probablement des biais cumulatifs…, avec de nombreux rapports résiduels confondants et sélectifs ». En multipliant les études, « presque toutes les variables nutritionnelles sont associées à presque tous les résultats ».

Il faudrait séparer la nutrition des autres facteurs sociaux et culturels influençant la santé. Mais la tâche s’avère impossible. Presque toujours, par ailleurs, les données proviennent de questionnaires de comportement alimentaire. On demande aux gens ce qu’ils ont mangé et en quelle quantité. Mais les expériences montrent qu’ils ne s’en rappellent pas de manière fiable (et qu’ils mentent souvent).

Où est l’erreur fondamentale? Elle consiste à considérer les aliments comme s’ils étaient des médicaments, autrement dit des molécules isolées. En réalité, chaque aliment – et il en existe des centaines de milliers différents – se compose d’une immense quantité de molécules, dont, pour la plupart, nous ignorons les actions biologiques et les liens qu’elles entretiennent entre elles

Une analogie avec la génétique. Pour Ioannidis, établir des liens entre les aliments et la santé revient à faire des associations entre des séquences d’ADN et des risques de maladies. Après des années d’enthousiasme pour ce genre d’approche, on sait maintenant qu’elle ne fait pas droit à la réalité du fonctionnement génétique.

Ioannidis écrit aussi:

« De même, les données nutritionnelles établies à l’aide d’une poignée de questions ne permettent pas de reconnaître ou de mesurer avec précision un système dont la complexité égale ou dépasse celle du génome. »

Faut-il faut individualiser la nutrition? Le génome, le profil métabolique, le microbiote et l’environnement agissent sur la sensibilité aux aliments et substances ingérés. D’où la mode de la nutrition de précision, personnalisée selon le génome et mille autres caractéristiques. Pour le moment, cependant, cette mode reste loin d’une pratique efficace.

Autre problème global : la recherche actuelle se déroule à l’envers du souhaitable.

« Au lieu d’études primaires servant à éclairer les guidelines, ce sont les guidelines élaborées par des experts et conçues par des avocats (de causes préexistantes) qui dictent ce que les études primaires doivent trouver ».

Il faut en finir avec ces pratiques. Les études doivent être indépendantes et transparentes, celles qui sont petites et bricolées doivent céder la place à de grandes études randomisées, portant sur des questions vraiment importantes.

Mais les industriels y ont-ils intérêt? Il est probable que les résultats de recherches bien menées ne soient pas ceux qu’aimeraient les industriels. Que le meilleur, pour les populations et les individus, soit une alimentation peu transformée, issue d’une cuisine artisanale. Et qu’il consiste à éviter ce qui fait le propre de l’industrialisation : production en masse, conservateurs, pesticides, ajouts de substances addictives comme le sucre (le pire étant celui de glucose-fructose) et le sel. Le problème de l’industrie est qu’elle ne peut pas breveter, ni donc commercialiser avec d’importantes marges, les aliments bruts qui semblent nous convenir.

La nutrition est une science complexe. On est loin de comprendre la complexité qui émerge des facteurs enchevêtrés, par exemple de l’influence des méthodes de culture et d’élevage sur les molécules alimentaires, du rôle des idiosyncrasies génétiques ou des univers microbiotiques individuels. Mais on ne progressera qu’en abandonnant le vieux paradigme – confortable, rémunérateur et ridiculement simpliste – pour vraiment explorer cette complexité.

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Lire l'étude scientifique publiée dans le JAMA (EN)

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L'Unesco se préoccupe du genre des IA dans nos assistants vocaux

Une femme interagit avec un robot lors d'une exposition à Londres, en mai 2019 (image d'illustration) | FRANK AUGSTEIN/AP/KEYSTONE

Sexistes, nos assistants vocaux? Oui, selon un rapport de l’Unesco (EN), qui s’émeut du genre de nos compagnons dotés d’intelligence artificielle (IA): Siri (iPhone), Alexa (Amazon Echo), Cortana (Microsoft) ou même Google Home ont tout(e)s un timbre féminin, ce qui renforce les stéréotypes de genre, déplore l’Organisation des Nations-Unies.

Pourquoi c’est important. Le genre des assistants vocaux influence les scénarios de dialogue écrits par les ingénieurs. Comme le titre le rapport, jusqu’à peu, Siri répondait «Je rougirais si je le pouvais (I blush if I could)» quand l’utilisateur l’injuriait par un «Siri, tu es une pute (Siri you’re a bitch)». De quoi véhiculer une certaine image de la femme…

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Grâce à l'IA, les œuvres d'art prennent vie

Des chercheurs moscovites du Samsung’s AI Center animent des portraits grâce à l’intelligence artificielle, sans recours à la 3D. Ils ont notamment testé leur système sur des œuvres d’art, comme la célébrissime Mona Lisa. Leurs travaux, qui n’ont pas encore été publiés dans une revue scientifique, sont disponibles en ligne sur arXiv (EN).

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Relire l'article de Heidi.news sur les prouesses de ce type d'algorithme ou lire l'explication sur Cnet (EN)

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Le labo américain: collaboration militaire, IA et cancer du poumon, Big Data et diabète

Le célèbre Massachussets Institue of Technology de Boston | KEYSTONE / AP RAYMOND HUFFMAN

Le MIT de Boston et l’US Air Force annoncent une collaboration. L’armée américaine investira 15 millions de dollars par année pour développer des projets d’intelligence artificielle au sein du futur MIT-Air Force AI Accelerator. Cet accord fait polémique. L’Institut de recherche assure que les projets ne seront pas classés secrets et resteront intégralement ouverts à la publication. Tech Crunch (EN)

L’intelligence artificielle excelle au hediagnostic du cancer du poumon. Le deep learning réussit déjà légèrement mieux que des radiologistes entraînés à la détection des tumeurs. Mis au point par des chercheurs de Google, Stanford et Northwestern University, le système décrit dans Nature Medicine permet de distinguer des cancers précoces sur des images de scanner. New York Times (EN)

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Sauver la planète de la crise climatique en volant moins: la grande prise de conscience des universités romandes

Un avion de la compagnie Swiss à l'aéroport de Zurich (Image d'illustration) | CHRISTIAN BEUTLER/KEYSTONE

De nombreux scientifiques prennent l’avion plusieurs fois par an pour présenter leurs recherches dans des conférences. Mais, urgence climatique oblige, ce qui était longtemps une évidence fait désormais débat. Un symposium organisé par l’Académie suisse des sciences est consacré à ce sujet brûlant ce vendredi à Berne.

Ce qui est en train de changer. Depuis quelques mois, la thématique prend de l’ampleur dans le milieu académique suisse. Quelle est la part du transport aérien dans le bilan carbone des universités? Qui en est à l’origine? Et que faire pour le réduire? Les hautes écoles romandes analysent leurs habitudes et prennent des mesures.

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SpaceX a placé en orbite, d'un coup, les 60 satellites de Starlink pour l'internet spatial

La nuit passée, une fusée Falcon 9 de SpaceX a déployé dans l’espace pas moins de soixante satellites de télécommunications. La firme d’Elon Musk ambitionne d’en lancer à terme près de 12’000 en orbite basse, au sein de sa constellation Starlink, un service d’accès à internet qui sera accessible depuis n’importe quel point du globe.

Pourquoi c’est important. L’accès à internet — et la téléphonie— par satellite sont vus comme le nouvel eldorado par les industriels. Selon nos calculs, ce sont 15 000 à 25 000 satellites qui pourraient être lancés d’ici cinq à dix ans si tous les projets sont menés à leur terme. Une profusion qui pourrait créer de sérieux embouteillages dans l’espace et multipliera les risques de collisions.

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Relire l'article détaillé de Denis Delbecq écrit à la veille de ce lancement

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Au programme de votre Flux Sciences ce vendredi

Bonjour à toutes et tous, et bienvenue pour cette dernière journée d’infos scientifiques de la semaine sur Heidi.news. Je vous accompagne aujourd’hui, et me ferai un plaisir de les sélectionner pour vous. Mais n’hésitez pas à réagir, poser vos questions, faire vos remarques, en nous écrivant: sciences@heidi.news).

Au programme aujourd’hui:

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La pompe secrète des bactéries pour devenir résistantes aux antibiotiques

Cette souche de staphylocoque doré résistant a été magnifiée 50'000 fois | CDC, Matthew J. Arduino

Des chercheurs de l’Institut de biologie et chimie des protéines, à Lyon, ont découvert comment la résistance aux antibiotiques peut se disséminer entre bactéries. Publié dans Science, ce résultat révèle le rôle crucial d’une protéine bactérienne, une «pompe» qui expulse les composés toxiques, dont les antibiotiques, et permet ainsi à la cellule de gagner du temps pour mettre en œuvre des protections plus spécifiques.

Pourquoi c’est intéressant. Les antibiotiques constituent une classe de médicaments très importante, principal rempart de la médecine contre les infections bactériennes. Mais de plus en plus de microbes résistent à ce genre de traitements. Ces travaux pourraient aider à enrayer la propagation des résistances aux antibiotiques, l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale selon l’OMS.

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L'urgence des maladies non transmissibles ne fait pas réagir les gouvernements

Ouverture de la 72e Assemblée mondiale de la santé, Genève | Keystone

Première cause de mortalité dans le monde, les maladies non-transmissibles ne suscitent que peu de mobilisation, en terme de prévention et de lutte, de la part des gouvernements. En marge de la 72e Assemblée mondiale de la santé, qui s’est ouverte lundi à l’OMS à Genève, s’est tenue une réunion de suivi de la feuille de route établie par l’ONU pour contrer ce fléau. Mais une fois de plus, les avancées sont minimes, déplorent les ONG.

Pourquoi c’est regrettable. Souvent considérées comme des maladies des sociétés occidentales, ces pathologies chroniques sont désormais un fardeau sanitaires également pour les pays du Sud, quel que soit leur niveau de revenus. Elles sont responsables de trois morts sur cinq dans le monde, rappelle l’OMS.

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Pourquoi la Nasa ne posera pas le pied sur la Lune en 2024, comme rêvé par Donald Trump

Artemis, le nom donné la nouvelle mission lunaire habitée de la Nasa | Nasa

Le président américain a annoncé récemment vouloir voir les Etats-Unis retourner sur la Lune d’ici 2024, soit quatre an plus tôt que la date prévue initialement de 2028. Le New York Times revient sur cette annonce, et décrypte en plusieurs arguments pourquoi cet agenda est irréaliste.

Premier élément troublant: Donald Trump n’aurait jamais parlé directement en détails de cette ambition avec Jim Bridenstine, l’actuel administrateur de l’Agence spatiale américaine (Nasa). Voici les autres cailloux dans la chaussure du Président américain:

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L'expédition Under The Pole a détecté les coraux mésophotiques les plus profonds du monde

Une équipe de plongeurs d'Under The Pole prend une photo-quadrat par 120 m de profondeur | GHISLAIN BARDOUT / UNDER THE POLE / ZEPPELIN NETWORK

Record battu! L’expédition scientifique Under The Pole III, qui explore les fonds marins par la plongée, a découvert il y a quelques semaines le corail le plus profond au monde, trouvé à -172 mètres. Heidi.news s’est entretenu avec l’explorateur français Ghislain Bardout, principal instigateur de la mission.

Pourquoi c’est important. En surface, les récifs coralliens encaissent de plein fouet le choc climatique. Ils occupent moins de 1% de la surface de la planète, mais abritent plus de 25% de la vie marine. Les chercheurs espèrent que les moyennes profondeurs puissent leur offrir un refuge, ce qui permettrait de recoloniser à terme les récifs de surface. On parle alors de coraux mésophotiques (que l’on trouve normalement entre 30 et 150 mètres de fond)

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Quarante-six balles de tennis empilées, qui dit mieux?

Pour étudier le phénomène de friction, un physicien géorgien construit des tours avec des balles de tennis. Son record est aujourd’hui un édifice de six niveaux, avec 46 balles.

Pourquoi c’est étonnant. Certaines figures réalisées par Andria Rogava, professeur d’astrophysique à l’Ilia State university de Tbilissi (Géorgie) semblent défier les lois de la pesanteur. C’est la friction entre ces objets rugueux qui permet de réaliser des empilements étonnants.

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La téléphonie 5G pourrait dégrader la qualité des prévisions météorologiques

Carte mondiale de la vapeur d'eau | NOAA

La future téléphonie 5G, n’en finit pas de faire couler de l’encre. Contestée dans de nombreux pays pour sa dangerosité supposée, cette norme inquiète aussi les météorologues. Aux Etats-Unis par exemple, certaines fréquences utilisées risquent de perturber les observations par satellite et de dégrader les prévisions météo.

Pourquoi c’est important. La météorologie s’appuie sur des modèles qui sont nourris, en temps réel par des observations, notamment par satellite. Depuis l’espace, certaines fréquences de signaux radio permettent de mesurer la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère. Si des sources terrestres venaient émettre dans ces fréquences, les mesures seraient perturbées, conduisant à des erreurs de prévision.

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La Russie ratifie une loi sur l'internet souverain pour s'isoler du reste du monde

Manifestations contre la loi sur l'internet souverain en mars 2019 à Moscou | MAXIM SHIPENKOV/EPA/KEYSTONE

C’est acté: Vladimir Poutine a ratifié début mai 2019, le texte de loi déposé par trois parlementaires proches des services de sécurité, visant à isoler la Russie et son "Runet" (l’internet russe) du reste du web mondial.

Pourquoi c’est problématique. S’isoler entièrement de l’Internet mondial serait une façon de contrôler encore davantage le trafic, et donc ce que font les Russes devant leur ordinateur ou leur smartphone. De nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le dispositif: en mars dernier, plus de 5 000 personnes ont défilé à Moscou en protestation.