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Combien de manifestants à Genève pour la grève des femmes? Un algorithme de l’EPFL multiplie par six le chiffre de la police

Analyse par l'algorithme sur la base d'une photo de la manifestation genevoise prise par le photographe Demir Sönmez à la rue de la Confédération.

Genève ne sait toujours pas combien de personnes ont manifesté le 14 juin dernier. Nous avons donc soumis les images et vidéos récoltées ce jour-là au laboratoire VITA de l’EPFL, qui a développé un algorithme d’intelligence artificielle nommé PifPaf. Ce dernier parvient à un résultat estimé six fois supérieur à celui de la police.

Pourquoi c’est important. Le vendredi 14 juin, la police estimait à 12’000 le nombre de manifestants à Genève. Les syndicats avançaient de leur côté des chiffres allant de 15’600 à 18’000. Les organisatrices de la manifestation parlaient, elles, de 30’000. La controverse née de cette guerre des chiffres donne un sens politique à leur interprétation. A trop minimiser la manifestation, on lui fait perdre sa légitimité.

Ce que révèle PifPaf. De la dizaine d’images et vidéos envoyées au laboratoire VITA de l’EPFL, c’est celle du photographe genevois Demir SÖNMEZ qui s’est révélée la plus pertinente pour être passée au filtre de l’algorithme PifPaf.

Les détections de l’algorithme permettent de tirer les conclusions suivantes: la densité de la manifestation est de trois personnes par mètre carré lorsque les gens ne bougent pas. La densité passe à deux personnes par mètre carré lorsque la foule est en mouvement. La moyenne est donc de 2,5 personnes par mètre carré, selon Lorenzo Bertoni, doctorant en transport au laboratoire VITA.

Pourquoi la densité est la question-clé? Les syndicats et la police ont tous deux effectué une estimation sans base fiable et sujette à caution. Pour déterminer de manière précise le nombre de personnes qui ont défilé, il faut prendre en compte des paramètres objectifs: densité au mètre carré, longueur et largeur moyennes du cortège.

Comment fonctionne PifPaf. PifPaf a été mis au point par Sven Kreiss, Lorenzo Bertoni et Alexandre Alahi, (professeur assistant et responsable du laboratoire VITA).

Voici ses spécificités:

  • L’algorithme propose une nouvelle méthode ascendante (qui agrège des indices de bas niveau pour créer des informations de plus haut niveau) pour l’estimation de la position et de l’orientation d’individus dans les images 2D, particulièrement bien adaptée pour les applications liées à la mobilité urbaine comme les voitures autonomes et les robots de livraison.

  • Cette nouvelle méthode repose sur un champ de potentiel de segment de corps humain (PIF) pour localiser des parties de corps humain et sur un champ d’association des segments (PAF) pour assembler les parties détectées entre elles de façon cohérente et obtenir les positions et orientations des personnes à l’origine des différents segments.

  • Cette méthode donne son nom à l’algorithme (PIF: Part Intensity Field. PAF:Part Affinity Field)

Pour mieux comprendre les capacités de PifPaf utilisées pour évaluer l’impact de la densité des foules, il est important de comprendre les différences entre une foule statique et une foule en mouvement. Les deux images ci-dessous montrent une densité de 3 personnes par mètre carré à l’arrêt et une densité de 2 personnes par mètre carré en mouvement.


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Le calcul des organisatrices. Fabienne Abramovich, membre du collectif genevois de la grève des femmes et des féministes, explique comment le chiffre de 30’000 manifestants a été obtenu:

«A Genève, le défilé est parti à 17h05. Les dernières personnes sont arrivées Place Neuve à 20h30, en passant par le pont du Mont-Blanc. Le trajet de la manifestation était d’une longueur de 2,5 kilomètres, sa largeur a varié en fonction des rues empruntées. Pour ne pas surestimer les chiffres, le collectif genevois a pris le dénominateur commun le plus bas, soit une personne par mètre carré.»

Leur évaluation tient encore compte du paramètre suivant: la largeur moyenne des rues empruntées est de 12 mètres.

Notre calcul. Sur la base des données objectives transmises par les organisatrices et par le laboratoire VITA, nous avons effectué une projection.

  • PifPaf établi une densité moyenne de 2,5 personnes par mètre carré en partant de l’image originale prise à la rue de la Confédération.


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  • Le parcours du cortège suivi par les manifestants a effectué une boucle allant de Plainpalais, Place de Neuve, rue de la Corraterie, rue de la Confédération, rue du Marché, rue de la Croix-d’Or, rue de Rive, rue d’Italie, rue du Rhône, Place du Port, pont du Mont-Blanc, rue du Mont-Blanc, rue de Chantepoulet, rue de Berne, rue Rousseau, quai des Bergues, rue des Moulins, rue de la Corraterie, Place Neuve. Soit une boucle de 3,5 kilomètres. Le cortège n’ayant pas une densité homogène, les organisatrices ont calculé une longueur finale du cortège à densité égale de 2,5 kilomètres.

  • Les rues parcourues sont également toutes d’une largeur différente. Entre Plainpalais (200 mètres de large), la Place de Neuve et les rues traversées précitées, la largeur moyenne retenue est de 12 mètres. Le pont du Mont-Blanc à lui seul, d’une largeur de 26,8 mètres, est apparu entièrement couvert au moment du passage du cortège.

Ces trois paramètre moyens permettent d’effectuer un calcul assez simple (2500 x 2,5 x 12), aboutissant à 75’000 manifestants à Genève. Soit six fois plus que les estimations de la police et plus du double de celles des organisatrices.

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La photo originale a été prise par Demir Sönmez et elle est visible sur son site Internet: www.photographygeneva.com/lens_galleries/la-greves-des-femmes-a-geneve/

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