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Non, une trottinette électrique n'émet pas autant de carbone qu'une voiture

Des trottinettes électriques partagées en juin 2019, à Zurich | CHRISTIAN BEUTLER/KEYSTONE

Une trottinette électrique pollue-t-elle autant qu’une petite voiture? Ses émissions s'élèveraient à 125 g CO2/km, chiffre comparable aux émissions d’un petit véhicule thermique, selon plusieurs médias français, se faisant l’écho d’une étude américaine. Décryptage de ce chiffre.

Pourquoi c’est important. Présentées comme solution de micro-mobilité propre, les trottinettes électriques ont envahi de nombreuses villes, y compris en Europe. Mais les critiques se multiplient sur leur modèle économique, qui sous-traite souvent à des freelances la recharge des appareils, ainsi que sur leur empreinte carbone.

Le chiffre de 125 g CO2/km a été repris par plusieurs médias français pour décrire les émissions de ces appareils au cours de leur cycle de vie (fabrication et utilisation). Mais la comparaison avec les émissions des voitures individuelles est délicate, car dans les cas des voitures, seule la phase d’utilisation est prise en compte. Ces travaux ont été publiés dans Environmental Research Letters.

Les hypothèses.

  • Il s’agit d’une analyse de cycle de vie des trottinettes électriques partagées appliquée à une ville américaine spécifique: Raleigh, en Caroline du Nord. L’impact a été calculé pour les phases de fabrication et d’utilisation.

  • Les auteurs considèrent que les trottinettes sont fabriquées en Chine, puis transportées par cargo jusqu’en Californie, puis par camion jusqu’en Caroline du Nord.

  • Pour la phase d’utilisation, les auteurs ont considéré que les trottinettes étaient utilisées de six mois à deux ans. Ils ont aussi estimé que le facteur d’émission carbone (c’est-à-dire, la masse de CO2 émise par unité d’électricité produite) variait en fonction de l’heure du jour, en se basant sur un mixte électrique (sources d’énergies utilisées pour produire de l’électricité) correspondant à la Caroline du Nord.

  • L’étude considère enfin que les personnes en charge de la collecte, de la recharge et de la redistribution des appareils utilisent un véhicule thermique, ce qui majore les émissions de CO2 attribuables aux e-trottinettes.

Les chiffres. En moyenne, en comptabilisant les phases de fabrication et d’utilisation, une trottinette électrique utilisée en Caroline du Nord émet: 202 g CO2/mile, soit 125 g CO2/km. Mais la moitié est attribuable à la fabrication de l’appareil, et environ 43% à leur collecte et à leur redistribution une fois chargées sur des lieux de passage!

La portion représentée par la consommation électrique de la batterie est donc minime… Et la comparaison avec la voiture, qui émet autant, mais pendant sa seule utilisation, à l’exclusion de sa fabrication, ne tient plus.

L’analyse. A quelles conditions les trottinettes peuvent-elles devenir écologiquement vertueuses? La réponse, avancent-ils, dépend de plusieurs paramètres:

  • Les sources d’électricité utilisées. C’est un paramètre qui n’a qu’une influence minime, de l’ordre de seulement 6%. L’électricité ne génère pas les mêmes émissions de CO2 selon l’énergie utilisée pour la produire. En effet, un kilowatt-heure produit avec du charbon émettra beaucoup plus qu’un kWh issu de sources renouvelables. A titre de comparaison: en moyenne, un kWh produit environ 500 g de CO2 aux Etats-Unis (mais cela varie beaucoup d’un Etat à l’autre), contre 30 g en Suisse, et 50 g en France. Dans l’étude:

«Si l’on se base sur une recharge à Raleigh, en Caroline du Nord, si l’on recharge la batterie à l’aide d’une source d’électricité complètement décarbonée, on décroit les émissions totales de l’appareil, sur tout son cycle de vie, de 6%.»

  • La distance parcourue en véhicule pour collecter les trottinettes. C’est le paramètre qui a le plus d’influence, expliquent-ils dans l’article:

«Les zones plus densément peuplées sont celles qui se prêtent le mieux à une densité accrue de trottinettes en libre service. Nos analyses montrent que si la distance à parcourir pour la collecte baisse d’un kilomètre, alors les émissions totales de CO2 baissent de 27%!»

  • La durée de vie. Enfin, ils considèrent que la durée de vie moyenne de ces appareils est comprise entre six mois et deux ans. Les utiliser plus longtemps permet inévitablement de réduire leur empreinte carbone: si la durée de vie moyenne monte à deux ans, alors les émissions totales tombent à 141 g de CO2/mile, soit 88 g de CO2/km.

Que faut-il retenir?

  • Quitte à utiliser une trottinette électrique, mieux vaut, à la lumière de cette étude, utiliser la sienne plutôt que d’utiliser celles en libre service. On peut alors plus facilement l’entretenir afin d’allonger la durée de vie de l’appareil. Surtout, on élimine les très polluantes phases de collecte et de redistribution, souvent réalisées à l’aide d’un véhicule thermique.

  • Les trottinettes en libre service gardent toutefois un impact écologique qui peut être jugé acceptable, mais dans des cas très précis. Par exemple pour de la mobilité ultra-urbaine sur un ou deux km, vers des zones où leur collecte sera aisée. Peu adaptées, donc, pour des trajets de plusieurs kilomètres vers des lieux péri-urbains…

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