Les Swiss Press Award annoncent 15 nominés, dont Arnaud Robert pour Heidi.news

Sept journalistes romands, cinq alémaniques et trois tessinois ont été nominés cette année pour le prix national des médias par la Fondation Reinhardt von Graffenried. Les vainqueurs seront annoncés le 29 avril. Heidi.news est dans la course, avec son Exploration de l'an dernier sur la révolution des toilettes.

Cela devait être une belle remise des prix à l'hôtel Bellevue Palace à Berne, mercredi 29 avril, pour célébrer la qualité de la production journalistique suisse. Le coronavirus en fera une cérémonie virtuelle.

Heidi.news, qui va célébrer le 2 mai son premier anniversaire, participait pour la première fois à ce concours. De deux manières: plusieurs auteurs de notre nouveau média ont envoyé leurs travaux, et pour ma part j’ai fait partie du jury de la catégorie «online». Bien sûr, je me suis abstenu pour tous les travaux issus de Heidi.news! Par ailleurs, c’est dans une autre catégorie que la mienne, «textes», qu’a été nominé Arnaud Robert, l’auteur d’une de nos premières Explorations, la révolution des toilettes. Une série de reportages également disponible en revue imprimée, sur le shop de Heidi.news.

En attendant les vainqueurs de chaque catégorie le 29 avril, ainsi que la nomination pour la première fois du ou de la journaliste suisse de l’année, voici un aperçu des nominés et de leur travail. C’est long, mais c’est bon! Vous verrez: quinze raisons d’espérer dans le journalisme.

Martin Beglinger, Zoé Baches et Ermes Gallarotti: die Affäre Khan

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Trois mois après la parution l’an dernier de l’affaire de filature du banquier vedette Iqbal Khan, la NZZ révèle que non seulement l’ancien chef de la gestion internationale des actifs du Credit Suisse (CS) a été secrètement surveillé avant de passer à une banque concurrente, l’UBS, mais que c’était également le cas du responsable des ressources humaines. Comme détaillé dans l’introduction d’une série d’articles qui exposent et documentent l’«Opération Küsnacht», «les circonstances indiquent que c’est le Credit Suisse qui a ordonné cette filature par le biais d’un intermédiaire». Mais l’affaire Khan – l’«Opération Crown» – est également méticuleusement retracée à l’aide de documents tels que des contre-rendus d’interrogatoire. Les prédictions des auteurs se sont avérées exactes: le patron du CS, Tidjane Thiam, qui nie avoir eu connaissance des mesures spécifiques prises, mais qui a toutefois décrit la surveillance comme une «arme légitime», a dû quitter la banque en février 2020.

Arnaud Robert: la révolution des toilettes

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Quelque soit le nom qu’on leur donne (merde, caca, étron), nos excréments suscitent le rire et la gêne. Un sujet à éviter. Et que l’on cache. Pourtant, les déjections humaines constituent un sujet de préoccupation quotidien et universel. Un enjeu sanitaire mondial et prioritaire: pour 2,5 milliards de personnes, les excréments ne sont pas évacués. Avec des risques d’épidémie: 800 000 enfants meurent chaque année de diarrhées. Dans les pays développés, les déjections humaines sont emportées par l’eau potable, un coûteux gaspillage. Durant un an, des toilettes de la Place de la Riponne, à Lausanne, utilisées comme lieu de shoot, à l’Afrique du Sud, en passant par l’Inde, la Chine, Arnaud Robert a voulu tout savoir sur la révolution des toilettes. Il examine les recherches menées par des ingénieurs zurichois, les investissements de Bill Gates, les plans gouvernementaux ­indiens ou encore la révolution culturelle en Afrique pour découvrir comment s’assurer qu’un jour chaque être humain bénéficie de toilettes peu coûteuses et écologiques.

Jacopo Scarinci et Andra Manna: le frontaliere di Ghiggia

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Dans son programme politique, le candidat de la Ligue tessinoise au Conseil des Etats, Battista Ghiggia, écrit que selon le principe «Les nôtres d’abord», nous devrions «investir pour favoriser le recrutement des chômeurs suisses». Pourtant, au cours des 13 dernières années, de 2005 à 2018, l’avocat de Lugano a engagé dans son cabinet douze secrétaires frontalières ainsi qu’une employée de maison pour son domicile. Andrea Manna et Jacopo Scarinci ont enquêté sur ce sujet pour La Regione. L’avocat souligne qu’il a embauché des personnes en fonction des besoins de son cabinet et des grandes qualifications professionnel­les de ces dernières, qualités qu’il n’a pas pu trouver chez des employées au Tessin. Rien de gênant, ­dit-il. De plus, cela remonte à une période où il n’était pas encore entré en politique. Piero Marchesi, président de l’UDC du Tessin, ne peut ­cependant pas cacher un certain embarras.

Sibilla Bondolfi, Carlo Pisani et Daniel Rihs: Telearbeit in den Bergen

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La révolution numérique sera-t-elle le salut des régions de montagne suisses confrontées à l’exode? Portraits en images et en mouvement de gens qui, grâce à Internet, peuvent gagner leur vie dans des villages isolés des Grisons ou du Valais. Ces personnes sont réalisateurs / trices de documentaires, enseignant-­e-s, analystes. Elles apprécient le charme alpin, au-dessus du brouillard et le faible coût de la vie. Conclusion des auteurs du reportage? Ils aimeraient bien rester, mais ils ont des obligations en plaine. Un changement profond devrait donc tout d’abord s’opérer dans le monde du travail suisse et alors travailler depuis n’importe où – le télétravail – pourrait passer de l’exception à la règle (ce que le coronavirus a d’ailleurs démontré!).

Duc-Quang Nguyen & Mathieu Rudaz: la Suisse et son territoire

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L’année politique 2019 s’est ouverte sur un thème qui est cher aux Suisses: la sauvegarde du paysage. Avec l’initiative contre le mitage du territoire, refusée en votation le 10 février, quatre autres textes étaient en préparation contre le bétonnage ou pour préserver la biodiversité. Quoi de mieux, pour expliquer l’impact des agglomérations, des infrastructures ou des loisirs, qu’une carte interactive et ludique montrant la part réelle prise sur le territoire national par les différentes catégories d’occupation du sol? C’est le défi relevé par Duc-Quang Nguyen et Mathieu Rudaz pour 24Heures. Sous forme de pixels représentant 4 km2, on constate ainsi que les surfaces consacrées à l’habitat et aux infrastructures couvrent un triangle allant de Genève à Vevey et s’étendant jusqu’à La Chaux-de-Fonds. Cela représente 8 % du ter­ri­toire suisse, soit moins que la moy­enne européenne (11 %). Les surfaces agricoles, comme les forêts, re­pré­sentent chacune environ un tiers du territoire national; les golfes (35 km2) occupent quant à eux plus de place que les parcs publics.

Swiss Press Online 20 – F – Duc-Quang Nguyen & Mathieu Rudaz from Swiss Press Award on Vimeo.

Christian Zeier, Valentin Felber, Florian Spring et StirlingTschan: «Credit Crisis» Der Finanzskandal von Moçambique

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L’équipe d’enquête à but non lucratif REFLEKT cherche à découvrir des malversations. «Credit Crisis» est le titre du récit détaillé d’un scandale financier au Mozambique qui a des ramifications jusqu’en Suisse. Il s’agit de prêts secrets à des entreprises proches de l’État qui font faillite et plongent ce pays émergent d’Afrique australe dans une crise d’endettement. Une partie de l’accord illégal comprenait une garantie de l’État, ce qui signifie que le peuple doit payer pour les pertes toute en subissant une montée subite de l’inflation. La moitié des deux milliards de dollars provenait d’une filiale britannique de Crédit Suisse, où des employés auraient été soudoyés pour libérer l’argent, notamment pour une flotte destinée à la pêche au thon. Le Ministère public de la Confédération examine si une procédure pénale contre la grande banque doit être ouverte. Selon REFLEKT, la société mère partage la responsabilité, comme le montrent des documents confidentiels. Divers documents de référence sont mis en ligne, des déclarations vidéo des personnes concernées et des experts viennent compléter cette enquête approfondie.

Alice Pedrazzini & Giuseppe Bucci: Io mi chiamo Nina e fra 20 anni...

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«Je suis partie avec un tailleur, un chapeau, des gants et un sac à main et je suis revenue … changée.» Maria, 74 ans, se souvient encore du jour où, à Londres – où elle a étudié –, elle est allée à l’aéroport pour accueillir les Beatles en 1964. Aujourd’hui, avec sa fille Alessandra (48 ans) et sa petite-fille Nina (18 ans), elle se souvient des années durant lesquelles une jeune femme qui, comme elle, étudiait, travaillait et divorçait, était regardée avec méfiance. «Les femmes doivent changer, pas les hommes», explique Maria, soulignant que selon elle, les femmes elles-mêmes se sont convaincues de n’avoir pas le même pouvoir que les hommes. Pour Alessandra et Nina, la question se pose en termes d’opportunités, d’égalité de rémunération et de respect. C’est le 14 juin, jour de la grève des femmes, qu’Alice Pedrazzini crée ce portrait de famille féminin pour RSI Network One. «Chère Nina – dit la grand-mère Maria – j’espère que dans 20 ans tu seras une femme capable de venir en aide à d’autres femmes».

Cédric Guigon & Joëlle Cachin: Ebola, une épidemie de méfiances

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Vaccins, traitements et des centaines de millions de dollars : jamais il n’y a eu autant de moyens pour lutter contre Ebola. Les traitements sont toujours plus efficaces, et pourtant, le virus résiste. Il progresse même en République Démocratique du Congo, avec plus de 2000 morts. Le magazine de la RTS 15 minutes est allé au cœur de l’épidémie, dans le Nord Kivu, pour un reportage en trois épisodes. Dans cette province riche en ressources naturelles, la population souffre de pauvreté et de conflits armés depuis plus de 25 ans. Le virus Ebola est un fléau de plus. Les conflits militaires déstabilisent et compliquent l’accès aux soins. Mais surtout on se méfie des équipes de la Riposte, le programme officiel de lutte contre le virus, tout comme du gouvernement de Kinshasa.

Franziska Engelhardt & Stefanie Müller-Frank: «Zündstoff», Die Geschichte eines Messies

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Dans le podcast en six parties « Zünd-stoff », la journaliste Franziska Engelhardt, aidée par sa collègue Stefanie Müller-Frank, raconte l’histoire de son père Karl. Karl est un entasseur compulsif (ou personne souffrant de syllogomanie) et un fauteur de troubles dans le paisible village zurichois de Knonau. Un jour, après avoir échappé de justesse à l’incendie de sa maison pleine à craquer, sa fille décide de rendre l’affaire publique au motif que, comme «tout le monde le connaît. Je peux tout aussi bien raconter ma version de l’histoire». C’est une recherche d’indices avec de nombreux témoins et rumeurs. Que savent exactement le pasteur et le boulanger? Est-ce un voisin qui, sous le coup de la colère, a mis le feu à la maison de Karl? Karl a-t-il été arrêté pour avoir menacé de mort deux anciens fonctionnaires? La fille se souvient de son père comme de quelqu’un d’aimable. Mais lorsque les premières pensées de celui-ci, après six mois d’isolement en cellule, sont de savoir comment poursuivre l’État pour expulsion forcée, l’espoir que Karl cesse de se considérer comme une victime s’évanouit.

Isabelle Ducret: Made in Ethiopia

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Des t-shirt à moins de 10 francs, des jeans à 20 francs chez H&M, Levis ou Calvin Klein, l’Ethiopie est devenue l’eldorado des fabricants de textiles. Mais dans quelles conditions? Isabelle Ducret, qui a mené l’enquête pour Temps Présent de la RTS, a rencontré sur place, dans le parc industriel de Hawassa, les jeunes ouvrières qui travaillent dur durant plus de dix heures pour un salaire quotidien de 1 franc, ou 23 francs par mois. Malgré les chartes éthiques dont se réclament les grandes marques, la majorité des 25’000 salariés de cette zone, la plupart du temps des femmes, vivent avec des revenus inférieurs au minimum vital dans l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. H&M et les grandes sociétés de distribution, elles, refusent de s’exprimer.

Mehdi Atmani &Alexandre Bugnon: la suisse sous couverture

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En 1955, les services de renseignement américains et l’entreprise suisse Crypto AG concluent un accord confidentiel qui permet l’espionnage des communications de 130 pays. Durant des décennies, tout un pan de l’industrie helvétique sera ainsi impliqué dans ces activités, malgré la «neutralité» et grâce au silence du Conseil fédéral. Cette enquête explosive du journaliste Mehdi Atmani et Alexandre Bugnon a été mise en ligne dès le mois de novembre 2019 sur le site de la RTS, plusieurs semaines avant le «scoop» de médias américains révélant la même chose.

À travers les témoignages de hackers, d’agents de renseignements ou de spécialistes, Mehdi Atmani, en cinq épisodes, expose les failles de la révolution numérique, les atteintes à la protection des données et aux droits humains dues à la faiblesse de la législation.

Cécile Durring & Jérôme Galichet. Moudon: Objectif 50%

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À Moudon, dans le canton de Vaud, la participation s’est élevée à 36,9% lors des élections fédérales de 2015. En vue des élections 2019, Mise au Point a lancé une expérience afin de mieux saisir les ressorts de l’abstentionnisme. Objectif dépasser les 50 % en octobre. «La politique, c’est ennuyeux. Le langage des politiciens est trop compliqué. Quand je reçois l’enveloppe de vote avec la brochure, je les mets directement à la poubelle», admet une jeune habitante de Moudon de 23 ans. En collaboration avec la commune et les groupes politiques locaux, le duo de journalistes Jérôme Galichet et Cécile Durring, ont cherché à comprendre si le phénomène est une fatalité. Résultat: un léger mieux avec une participation finale de 45,4%.

François Ruchti: safari de chasse en Valais

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Tirer un lion en Afrique coûte 30000 francs, mais un bouquetin en Valais 20’000 francs. Des agences de voyages spécialisées proposent ainsi de venir en Suisse chasser le bouquetin. Une chasse au gros gibier unique en Suisse et qui attire plus d’une centaine d’amateurs chaque année. Cela rapporte annuellement 650 000 francs à l’Etat du Valais, révèle l’enquête. Un animal avec un ­trophée d’un mètre est facturé 13’000 francs par le canton. Les gardes-faunes valaisans qui encadrent les amateurs et les mènent droit sur le beau gibier, attiré par des pierres à sel, contestent toute illé­galité: «beaucoup de vieux bouquetins ne survivraient de toute manière pas à l’hiver», disent-ils. Au total, 36 % de l’ensemble des bouquetins de 11 ans et plus sont tirés chaque année en Valais.

Alessandro Bertellotti: Natale col pane bianco

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Dans le train des Centovalli, entre Santa Maria Maggiore et Locarno, une petite fille d’il y a septante ans, Rosanna, raconte son histoire à une petite fille d’aujourd’hui, Nora, en voyage avec son père. Alessandro Bertellotti nous ramène à travers le temps jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, lorsque des milliers d’enfants de toute l’Europe ont trouvé refuge en Suisse contre la guerre et la misère. La petite Rosanna, qui avait alors 4 ans, s’est accidentellement ­retrouvée à Cadenazzo où Antonio et Pace Benzoni l’ont accueillie comme le fils qu’ils voulaient tant – mais ce n’est qu’en la baignant qu’ils ont ­réalisé qu’elle était une petite fille.

Urs Bühler: «Wir Stadttiere»

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En général, on n’associe pas les animaux à la ville, plutôt à la campagne. Rien qu’à Zurich, plus de 600 espèces animales vivent, libres et le plus souvent cachées. Dans sa chronique, Urs Bühler présente chaque mois une espèce. Au printemps, il est agacé par les fourmis qui se déplacent «en colonnes, parfois en légions» dans une pièce habitable. En été, il réfléchit à la manière dont le lézard des murailles, qui est arrivé autrefois du Tessin et d’Italie par le train, contribue à la «méditerranéisation» de Zurich. Et en hiver, Urs Bühler prévient que les renards roux rusés ne sont «pas des peluches, mais des animaux sauvages».

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