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Les nouvelles générations en Israël et Palestine feront-elles la paix à leur manière?

Salomé Parent (Tel-Aviv)

J’ai posé mes valises ici à la fin 2017, peu avant que Donald Trump ne reconnaisse unilatéralement Jérusalem comme la capitale d’Israël. Le déménagement de l’ambassade américaine est pour bientôt. Baptême du feu: l’actualité se charge de me plonger au cœur du conflit.

Je découvre alors ce qui transpire aujourd’hui de la société palestinienne: une résignation mêlée de résilience. Après deux intifadas et trois guerres à Gaza, la population semble accaparée par ses tracas individuels, conditionnés par le quotidien sous occupation. La “cause” palestinienne passe au second plan. Le déplacement de l’ambassade ou la reconnaissance des colonies comme “non illégales” par la Maison Blanche n’ont provoqués qu’un froncement de sourcil.

Résilience aussi, lorsque la société civile fourmille d’idées pour faire entendre des voix palestiniennes divergentes de celle de l’Autorité palestinienne et de Mahmoud Abbas, largement critiqués. Personne ne croit que les élections annoncées récemment auront vraiment lieu un jour.

Entre Israël et les Palestiniens, c’est un statu-quo sans avenir qui s’installe. La solution à deux Etats reste la meilleure à l’exclusion de toutes les autres, mais les velléités d’annexion de la droite israélienne et les 420’000 colons de Cisjordanie la rendent chaque jour un peu plus inatteignable.

Chacun campe sur ses positions. Fort du soutien américain, le gouvernement Nétanyahou n’a cessé d’enterrer la solution à deux Etats, mantra unique d’une Autorité palestinienne qui a choisi le repli sur soi et l’autoritarisme.

Un nouveau premier ministre israélien peut-il changer la donne? Peu probable vous répondront ceux qui, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, s’apprêtent à suivre, en mars 2020, une troisième élection en douze mois, les deux premières n’ayant pas dégagé de majorité suffisante. Benny Gantz, l’espoir des anti-Nétanyahou, n’est pas la colombe attendue par le camp de la paix, toujours orphelin d’un nouveau Yitzhak Rabin. Et le blocage institutionnel paraît difficile à surmonter tant que premier ministre, inculpé par le procureur général du pays d’abus de confiance, corruption et fraude dans trois affaires différentes, refusera de quitter sa place. Avec des pro et anti «Bibi» coincés entre un bloc de droite radicalisé et une gauche laminée, l’Etat hébreu est plus morcelé que jamais, comme un miroir brisé.

La «Terre promise» est avant tout un amas de bulles qui s’entrechoquent sans fusionner. De Tel-Aviv la laïque à Ramallah la branchée, ce sont des mondes à part, avec au milieu Jérusalem la ville sainte et disputée. A Bat Yam, tout le monde parle russe. On entend du français ou de l’hébreu avec accent français à Netanya, tandis qu’en Cisjordanie, le conservatisme d’Hébron n’a rien à voir avec les luxueuses villas de Jéricho.

Dans chacun de ces îlots, la coexistence survit pourtant, à défaut d’un vrai vivre-ensemble. Dans le tram, à la poste ou sur la plage, partout en Israël un Arabe laissera passer un Russe, qui lui-même sera en pleine discussion avec un séfarade tunisien. Mais une fois sorti du territoire public, chacun ira se marier, habiter ou prier dans sa communauté. Idem dans les Territoires palestiniens, où la religion et l’esprit de clan empêchent encore de nombreuses unions.

L’espoir est peut-être à chercher du côté de ces nouvelles générations éduquées, pour qui la modernité et le savoir sont synonymes d’ouverture à l’autre. Tandis qu’une partie de la jeunesse palestinienne s’affranchit des murs et des frontières grâce à la technologie, en Israël, hôpitaux, universités et grands groupes de high-tech témoignent d’une coexistence fructueuse entre Juifs et Arabes. Et si la voie de sortie du conflit se trouvait là?

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