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«Les forêts risquent de ne plus assurer leur rôle protecteur»

Dégâts dus à la sécheresse près de Porrentruy, en juin 2019. | Valentin Queloz / WSL

Les forêts suisses souffrent du manque d’eau. Dans le Jura, le gouvernement cantonal s’alarme du dépérissement des hêtres. En Valais, les pins et les sapins blancs ont déjà changé de couleur, bien avant l’automne. À Bâle, la forêt du Hardwald, trop sèche et devenue dangereuse, a été interdite aux promeneurs.

Décryptage en trois questions avec Andreas Rigling, directeur de l’unité Dynamique forestière à l’Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage WSL.

En quoi la situation actuelle est-elle exceptionnelle?

Andreas Rigling — L’été 2018 a été marqué par une importante sécheresse d’avril à septembre, mais ce n’est, en soi, pas si grave. Ce qui est hors norme, c’est que cet épisode s’inscrit dans une série débutée avec la canicule de 2003. La Suisse a enregistré en 2011 le printemps le plus sec depuis le début des mesures en 1864, puis une nouvelle sécheresse en 2015.

Par ailleurs, toutes les régions ne sont pas affectées de la même manière. Celles où il n’y pas eu d’orage l’été dernier sont plus touchées, en particulier Zurich, Schaffhouse, Bâle, l’Argovie, les environs de Coire et l’Ajoie. À Coire, les pins souffrent depuis plusieurs années, mais c’est désormais aussi le cas des sapins blancs, des mélèzes et des hêtres. Dans le Jura, la couronne de la plupart des hêtres sèche et de nombreux hêtres meurent. La forêt n’est pas en train de disparaître. Mais nous constatons une mortalité exceptionnelle des arbres.

Quelles sont les principales conséquences de la sécheresse?

Les conséquences les plus immédiates concernent les promeneurs, menacés par les chutes de branches, et les producteurs de bois. Mais si les prochains étés cumulent à nouveau canicule et absence de précipitations, les défis vont devenir importants. Certaines espèces seront remplacées par d’autres. Le hêtre, qui domine dans de grandes régions du pays, sera affaibli, ce qui profitera au chêne, mieux adapté à la sécheresse. Les forêts risquent de ne plus pouvoir assurer leur rôle protecteur contre les avalanches, l’érosion ou les chutes de pierre. Nous ne savons pas encore si les nouvelles essences pourront remplir les mêmes capacités et fonctions.

Y a-t-il des solutions pour endiguer le phénomène?

À long terme, la recette la plus efficace consiste à augmenter la diversité des essences. Accroître la mixité des forêts permet de distribuer le risque et de réduire les problèmes. Les services forestiers de certains cantons, par exemple le Valais, agissent déjà dans ce sens. Et, depuis l’été dernier, les autorités dans tous le pays réalisent que ces mesures deviennent urgentes.


La quantité de bois récoltée à fortement progressé en 2018

Les entreprises forestières suisses ont récolté 5,2 millions de mètres cubes de bois en 2018, soit une augmentation de 11% par rapport à 2017, indique ce mardi l’Office fédéral de la statistique. Les forêts d’épicéas, la principale essence pour la production de bois, ont été particulièrement touchées par les bostryches, un insecte ravageur qui prolifère avec la sécheresse. Cela a obligé les exploitants à abattre plus d’arbres que prévu. Les dégâts causés par les tempêtes de début 2018 ont aussi contribué à la hausse.

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