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«Les technologies numériques de suivi médical peuvent faciliter les relations humaines, si capitales dans le domaine de la santé»

Les relations humaines, capitales dans le domaine de la santé, peuvent être boostées grâce au numérique | rawpixel.com / Freepik

Equiper d’outils numériques et de capteurs les aînés pour améliorer leur autonomie et permettre aux médecins de faire des diagnostics précoces: de nombreux spécialistes de la santé et de la technologie plébiscitent cette idée, que développe notamment la start-up Domo-Safety, présente dès ce jeudi à VivaTech, le salon européen de la technologie qui débute à Paris.

L’avis de l’expert. Interview de Jean Gabriel Jeannot, médecin à Neuchâtel et expert « Projets santé numérique » au sein du centre universitaire de médecine générale et de santé publique Unisanté à Lausanne.

Heidi.news : En quoi équiper de capteurs le domicile des personnes âgées est-il une avancée?

Jean-Gabriel Jeannot: C’est un moyen de collecter de manière non-intrusive et en continu divers indices de fragilité de ces personnes afin d’en déduire, à terme, des diagnostics médicaux précoces.

De plus, ces outils permettent un suivi beaucoup plus régulier des patients, qui se limite souvent aujourd’hui à la durée d’une consultation médicale. Grâce aux capteurs automatiques, les médecins ont accès à tout un pan de la vie de la personne âgée. Des données qui peuvent avoir une grande valeur médicale, si tant est que les mesures réalisées aient un sens.

Comment choisir les informations qu’il faut enregistrer et partager?

Les paramètres mesurés sont à déterminer en fonction de leur capacité à influencer la prise en charge médicale des patients. Par exemple, nous savons qu’une prise de poids rapide, reliée à une accélération du rythme du cœur est un signe avant-coureur de décompensation cardiaque. Réussir à mesurer ces indices de manière fiable tout en les corrélant automatiquement permettrait d’agir plus rapidement, à moindre coût et avec de meilleurs résultats.

Tout l’enjeu est ensuite que ces informations ne tombent pas en main d’entités susceptibles de les utiliser dans avec d’autres intérêts, comme les compagnies d’assurance. La protection des données enregistrées (cryptage, stockage, droits d’usage) doit accompagner le développement d’outils numériques dans le domaine de la santé.

Y a-t-il des barrières au développement de ces technologies?

Pour les patients d’un certain âge, parler d’outils connectés est une réelle nouveauté et les réactions sont contrastées. Parfois, les capteurs sont perçus comme rassurants, permettant d’apporter un soutien rapide ou de déceler un mal-être. Dans d’autres cas, cette surveillance engendre un stress. Par exemple pour un aîné qui se lève généralement de bonne heure mais qui décide, un jour, de faire une grasse matinée: l’information collectée par le système pourrait être interprétée comme une complication, déclenchant une alarme et l’intervention de soignants. De quoi occasionner un stress inutile.

Développer l’intelligence des logiciels d’exploitation des données brutes est donc un préalable indispensable à l’utilisation de tels outils par les aînés et par le corps médical.

Comment anticiper et gérer les difficultés d’acceptabilité sociale des outils de surveillance des personnes âgées?

Trop souvent, dans les technologies numériques, les ingénieurs et techniciens seuls travaillent à l’élaboration du système. Dans les applications de santé, l’apport de sociologues ou de psychologues est fondamental dès la conception des outils. Des tests pilotes doivent être menés afin de comprendre les impacts de la technologie sur ces utilisateurs.

En quoi la rapidité d’évolution de la technologie complique-t-elle leur processus de validation?

On parle de santé, pas de la vente de yaourts ou de livres! Pour la mise en place d’un médicament ou de nouvelles analyses médicales il y a des exigences; le numérique doit se plier aux mêmes processus. Il est inquiétant de voir que certains pensent que, simplement parce que ces avancées sont technologiques, elles sont indiscutables.

Par exemple, Apple a sorti une montre avec une fonction de suivi du cœur. Mais il ne s’agit pas d’un vrai électrocardiogramme, et les données indiquées ne sont pas réellement fiables. De ce fait, elles peuvent faire paniquer l’utilisateur et le pousser à consulter inutilement son médecin.

Faut-il alors poursuivre sur la piste de la numérisation du suivi des aînés?

Absolument. Bien réalisée elle permettra de mieux prendre en charge les patients que ne le permettent les outils actuels, que cela soit pour gérer des risques ou détecter de manière précoce des pathologies et des signes de démence.

De plus, nous ne parlons pas simplement de connexions entre des capteurs et des logiciels mais bien de la mise en place d’un lien entre les soignants, les patients et leurs proches. Dans la santé, les relations humaines sont capitales. Elles peuvent être fortement aidées grâce au numérique.

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Lire notre article sur le maintien des ainés à domicile (FR)

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