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Les bébés CRISPR chinois seront exposés à un risque de mortalité plus important

Brin d'ADN: vue d'artiste | Creative Commons

Fin 2018, la nouvelle avait fait grand bruit: un chercheur chinois avait annoncé la naissance de deux enfants génétiquement modifiés. Mais la mutation obtenue, supposée protéger les bébés (des jumelles) de l’infection du VIH, aurait d'autres effets secondaires, notamment un risque de mortalité accru après 40 ans.

Pourquoi cela alimente la polémique. Ne parvenant pas à reproduire une mutation naturelle connue pour protéger du VIH, le généticien He Jiankui avait finalement opté pour une délétion pure et simple du gène, en utilisant la technique d’édition génétique CRISPR. Or, lorsque le gène est supprimé sur les deux allèles de l’individu, son risque de mourir précocement à partir de 40 ans s’accroît significativement, montrent ces nouveaux travaux.

Sur les deux bébés génétiquement modifiés par He Jiankui, l’un a eu les deux versions du gène supprimées, tandis que l’autre en conservait une version fonctionnelle sur le deuxième allèle. Seul le premier est donc concerné.

Comment les chercheurs ont évalué les risques. Pour aboutir à cette conclusion, les auteurs se sont basées sur plus de 400’000 personnes recensées dans la base de données britannique Biobank (EN), qui compile le génome et le dossier médical de 500’000 patients.

  • Le nombre de personnes dans la cohorte dont les deux versions du gène avaient muté était beaucoup faible que ce que laissait attendre son taux de survenue naturel, ce qui suggère que leur taux de survie soit plus faible que celui de la population générale.

  • Statistiquement, ces personnes mourraient 21% plus souvent entre 40 et 78 ans que les autres groupes. Des études précédentes ont également montré que les porteurs de la double-mutation avaient 4 fois plus de risque de mourir de la grippe que la population générale.

Pourquoi de tels travaux? L’enjeu des chercheurs est d’attirer l’attention sur tout ce que l’on ignore encore en matière d’édition génétique du vivant, et sur les risques encourus. Le gène supprimé code en effet une protéine, appelée CCR5, impliquée dans de nombreuses autres fonctions biologiques, notamment dans la réponse inflammatoire face aux infections.

Ce qu’en disent les experts. Rasmus Nielsen, professeur à l’Université de Berkeley et auteur principal de l’étude, développe dans un communiqué:

«La protéine codée par le gène supprimé est également présente chez d’autres espèces que l’humain. Si elle n’était pas essentielle, des processus évolutifs l’auraient déjà éliminée depuis longtemps.»

Vincent Dion, professeur à l’Université de Cardiff (Royaume-Uni), n’a pas participé à cette étude, mais commente pour Heidi.news les difficultés posées par l’édition du génome avec CRISPR.

«Il n’est pas possible de prédire les effets secondaires consécutifs à la délétion d’un gène chez l’homme. Si on voulait le faire, il faudrait d’abord le tester comme un médicament, en passant par un modèle animal génétiquement modifié.

Le problème vient de l’idée qu’un gène code une protéine qui va influencer une caractéristique du phénotype. Alors que les choses sont beaucoup plus compliquées: un gène peut coder plusieurs protéines, ou une fonction biologique être assurée par un complexe de plusieurs protéines différentes.

Enfin, cette étude démontre une corrélation entre la survenue de la double-mutation et une plus faible espérance de vie, mais ce n’est qu’un élément parmi d’autres. La mutation n’est pas forcément la cause de cet effet.»

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Lire la publication sur Nature Medicine (EN)

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