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Pourra-t-on bientôt se doper grâce à son microbiote?

Le marathon de l'UNICEF, à Genève en 2018. Le microbiote des sportifs pourrait participé à leurs efforts | Valentin Flauraud - Keystone

Nous ne sommes pas tous égaux face au sport et certains bénéficient d’une aide discrète. D’après des recherches menées par l’Université et l’École de médecine Havard, le microbiote de marathoniens s’adapte à l’effort et pourrait participer à leur performance, bien que l’importance de cet effet reste à mesurer.

Pourquoi c’est intéressant. Le microbiote intestinal, c’est-à-dire l’ensemble des bactéries qui colonisent naturellement l’appareil digestif, est étudié dans de nombreuses situations pathologiques (infections, maladies chroniques, obésité, diabète voire cancer). Considéré comme un organe à part entière, le microbiote serait susceptible d’être optimisé au service de la performance, montrent ces résultats.

Ce que les chercheurs ont fait. Ils ont étudié 15 athlètes ayant participé au marathon de Boston en 2015.

  • En analysant la composition de leur microbiote avant et après la course, ils observent une augmentation d’une population de bactéries du genre Veillonella.

  • En comparant avec des personnes sédentaires, les scientifiques se sont aperçus que cette bactérie est plus fréquente chez les coureurs réguliers.

  • En inoculant cette bactérie chez des souris, ils ont mesuré une amélioration de leur performance : elles courent en moyenne des temps 13 % plus longs que celles ayant reçu un autre type de bactéries.

Quelle particularité pour ces bactéries? L’étude de Veillonella atypica révèle que cette bactérie se nourrit de lactate, une molécule créée pendant l’effort. Elle l’utilise pour produire des substances utilisables comme source d’énergie par l’organisme. Chez la souris, le lactate semble capable de passer du sang aux intestins: ce qui est produit au fil d’une activité physique pourrait donc être consommé en partie par le microbiote pour produire un surplus d’énergie.

Est-ce une piste de dopage? On peut imaginer que cette étude suscitera de l’intérêt chez certains médecins peu scrupuleux. Mais c’est d’abord un nouveau champ de recherches.

  • Depuis la parution en 2012 des résultats du projet américain Human Microbiome Project Consortium et de son corollaire européen MetaHIT, la diversité du microbiome inspire de nombreuses recherches.

Les interventions sur le microbiote dans des situations pathologiques sont encore en cours de validation.

Les essais d’évaluation des traitements de restauration du microbiote en cas d’infections intestinales résistantes ont été suspendus aux États-Unis suite au décès récent d’un des patients participants.

  • Si l’effet des bactéries Veillonella sur l’endurance se confirme, il appartiendra à l’Agence mondiale antidopage et aux différentes autorités sportives de décider si des pratiques visant à favoriser ces micro-organismes constituent ou non du dopage, en fonction de leur impact réel et du risque qu’elles représentent pour l’athlète.

L’avis de l’experte. Laurie-Anne Marquet, nutritionniste et spécialiste de la physiologie du sport à Aix Marseille Université est impressionnée par ces résultats, mais nullement surprise.

«La répétition d’un exercice entraîne des adaptations du corps. C’est intéressant de voir que cela influence aussi le microbiote. On peut imaginer que selon le type d’effort (endurance, force ou un mélange des deux), le microbiote ne sera pas le même…

Quant à savoir si cela constitue un avantage concurrentiel, il est encore trop tôt. Avant d’administrer des probiotiques ciblés sur ce genre bactérien, il faut améliorer la prise en charge de la nutrition et de l’hydratation de l’athlète, des paramètres dont l’influence sur la performance est clairement démontrée.»

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lire l’article dans Nature Medicine (EN)

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