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La peur du changement climatique sera un moteur puissant pour changer le système de santé

Charles Kleiber. | Keystone / Olivier Maire

Du 14 au 17 novembre, Heidi.news est présent au Salon suisse de la santé, organisé cette année à Martigny, en Valais.

La conférence qui s’est déroulée ce matin 15 novembre dans le cadre du Salon valaisan de la santé a traité d’une analogie ambitieuse: «Coûts de la santé et urgence climatique: quelles similitudes? Comment sortir des chemins battus?» La table ronde a réuni des experts représentants différents secteurs: Marylène Volpi Fournier, politiciennes (Les Verts) et présidente de la Fédération des magistrats, des enseignants et du personnel de l’État du Valais (FMEP), Matthias Schenker, responsable politique de la santé et membre de la direction chez CSS, et Charles Kleiber, ancien Secrétaire d’État à l'éducation et à la recherche suisse.

Pourquoi c’est surprenant. Faire une analogie entre le dérèglement climatique et les coûts du système de santé suisse a de quoi surprendre. Les causes et les traitements des deux maux n’ont, en apparence, pas de points communs. A y regarder de plus près, il y a urgence dans les deux cas. Charles Kleiber établit un diagnostic et propose une esquisse de traitement pour soigner le système de santé suisse. Spoiler: on va vers une révolution!

La conférence. Les trois intervenants ont dressé un portrait sombre du système de santé actuel. Actifs dans l’assurance-maladie, au niveau politique, étatique et citoyen, ils partagent le même constat:

Le système de santé suisse ne s’intéresse qu’aux maladies.

Sans tomber dans la nostalgie, le diagnostic est assez simple. Charles Kleiber:

«Nous avions un médecin, nous avons aujourd’hui une multitude de spécialistes.»

Cette multiplication de l’offre a généré une consommation du soin qui coûte cher. Rémunérer les soignants à l’acte les incite à en cumuler. Pourtant, la santé «nous échappe», relève Charles Kleiber.

Les progrès de la médecine ont permis de faire reculer la mort. La longévité se porte bien, mais la santé va mal. Charles Kleiber:

«Les promesses du système de santé universel ont créé l’illusion d’une espèce d’éternité et ont rendu crédible le fait d’échapper à son destin. Il faut reprendre le contrôle. Ce problème est identique d’un point de vue écologique. La terre dit stop aujourd’hui, le corps aussi. Il faut oser regarder la mort en face.»

Pour Matthias Schenker:

«Notre désir de puissance se confronte à la finitude de la terre. Les scientifiques disent clairement qu’il faut stopper la machine. Mais nous avons cru à la possibilité de devenir surhumain. Et nous sommes devenus nos propres artificiers.»

Les enjeux. Il est nécessaire de passer d’un système centré sur les actes médicaux à un engagement général pour la santé.

Si les soins accessibles à tous sont un droit, la santé ne l’est pas. Les mesures à adopter pour la préserver tiennent de l’évidence:

  • manger sainement,

  • bouger,

  • avoir un mode de vie préservant la santé (sans excès, sans tabac, sans drogues, etc.).

Cela nécessite un changement de culture. La prise en compte des préoccupations du patient et la rémunération des soignants lorsqu’ils font de la prévention sont aussi évidents à exprimer que compliqués à appliquer.

La douloureuse prise de conscience. Les conférenciers se sont aussi posés la question suivante: pourquoi a-t-on besoin d’autant de temps pour ouvrir les yeux? Le déni à propos des problèmes du système de santé actuel ressemble à celui suscité par le changement climatique.

L’analogie entre entre la prise de conscience écologique et la prise de conscience médicale leur semble évidente. Mais un changement de mentalité, ça ne se décrète pas!

Charles Kleiber:

«Il est nécessaire, comme pour la crise climatique, de faire un diagnostic, de proposer un traitement, de changer le fonctionnement des assurances-maladie, de mettre en place un débat citoyen. En partant de la base, d’un mouvement citoyen, on ne tombera pas dans le débat idéologique.

Pour y arriver, la peur est un moteur puissant. Lorsqu’on a vraiment peur, tout disparaît. On est prêt à abandonner tout ce qui paraissait essentiel. Parce que sans changement, il n’y a plus rien. On se bat pour la survie. Dans ce sens, il n’y aura pas de changement s’il n’y a pas de canicule majeure.»

Transposé au système de santé suisse, cette «peur» se confirme dans le baromètre «Baromètre des préoccupations» du Crédit Suisse. La santé et l’assurance-maladie y figure en deuxième place. Le changement serait donc pour maintenant?

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