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Au CERN, l'intelligence artificielle aidera à relancer l'accélérateur

Les détecteurs du projet ATLAS, au CERN, produisent une quantité toujours plus grande de données, nécessitant le développement d'une IA pour les traiter. | Claudia Marcelloni De Oliveira, CERN

Membre de l'équipe de développement des futures IA du CERN, Sofia Vallecorsa a obtenue son doctorat en Physique des hautes énergies à l'université de Genève avant de poursuivre son parcours aux États-Unis. Elle a répondu à nos questions en marge de la conférence coorganisée lundi 24 juin à Genève par l’association GVA2 et Heidi.news.

Pourquoi c’est important. À l'arrêt depuis décembre 2018, l'accélérateur à particules du CERN, le LHC, est en travaux. L'objectif est d'en améliorer les performances et la puissance. Prévu pour le printemps 2021, son redémarrage nécessitera le développement d'une intelligence artificielle, notamment pour le projet ATLAS.

En quoi consiste le projet ATLAS?

Il s’agit d’un détecteur de particules capable de repérer l’ensemble des particules que l’on connaît déjà dans le modèle standard de la physique. Mais l’espoir est surtout de détecter de nouvelles particules, que l’on ne connaîtrait pas encore.

En comparaison, le LHCb, l’un des autres détecteurs du LHC, est plus précis, mais il permet de travailler sur une variété de particules plus faible.

Pourquoi mettre de l’intelligence artificielle dans le LHC?

Aujourd’hui nous avons déjà à traiter une quantité importante de données. Nous n’y arrivons pas. Des algorithmes nous aident déjà à sélectionner les signaux les plus pertinents. Mais de ce fait, nous n’analysons que 1% des données, avec le risque qu’au sein des 99% rejetés, des informations importantes soient perdues.

Lorsque les travaux seront finis, la masse de données va considérablement augmenter. À l’horizon 2025-2026, il devrait y en avoir 100 fois plus. Le deep learning, méthode d’intelligence artificielle que nous utilisons, permettra de traiter davantage de données, et plus rapidement.

Nous procédons également à des simulations numériques, que nous comparons aux données expérimentales. En misant sur l’intelligence artificielle, là aussi nous gagnerons en rapidité.

Lors de la grève des femmes du 14 juin a été mise en avant la part très faible des femmes dans le monde informatique. Qu’en pensez-vous?

Ce n’est pas qu’en Suisse. Aux États-Unis, de mon expérience personnelle, je dirais que les femmes ne représentent qu'entre 13 à 15% des informaticiens.

Le CERN a eu une belle initiative dernièrement pour promouvoir l’entrée de femmes dans ce milieu. Il s’agissait de portes ouvertes dédiées aux jeunes filles de 7 à 15 ans qui ont pu passer quelques heures dans nos laboratoires et s’initier à la programmation. Nous participons également de manière régulière à des campagnes de promotion de la place des femmes dans la science en co-organisation avec des groupes privées. Enfin, nous recevons régulièrement des invitations pour des interventions dans les écoles, auxquelles nous participons volontiers.

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