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L’Europe sacrifie ses projets de recherche géants, dont le Time Machine de l’EPFL

Le projet TimeMachine veut notamment reconstruire virtuellement des villes, comme Venise, sur la base de leurs archives | EPFL DHLAB Venise Piazza San Marco

La Commission européenne ne lancera pas de nouveau projet de recherche géants (nommé «FET Flagships»). Elle a stoppé le processus de sélection qui avait déjà abouti à nommer six initiatives finalistes, parmi lesquelles le projet TimeMachine, de l’EPF de Lausanne. Le magazine Science détaille la nouvelle (EN).

Pourquoi c’est gênant. Chacun de ces six vastes projets, choisis en février dernier par la Commission dans une première liste de 33, avait reçu un million d’euros pour développer ses plans de concrétisation. Ces consortiums s’étaient déjà largement engagés, impliquant parfois des centaines de chercheurs de dizaines d’institutions académiques. La Commission européenne calme le jeu.

La justification. Kurt Vandenberghe, directeur de la politique de recherches au sein de la Direction général de la recherche et de l’innovation, à Bruxelles, explique à Science:

«Il y avait un sentiment fort dans la communauté scientifique qu’il y avait [au sein de la Commission européenne] trop d’instruments et d’approches de financement différentes. Tout le monde, dans les six consortium, est au courant. Que ces gens soient heureux de la situation est, bien sûr, une autre affaire.»

Les impacts. La semaine dernière, Heidi.news présentait l’un des six candidats finaux, le projet LifeTime (FR), lancé début mai en Allemagne, et qui veut simuler sur des micropuces biologiques le développement des maladies et leurs traitements. En Suisse, c’est le projet TimeMachine (FR) qui se voit hypothéqué. Celui-ci voulait créer une infrastructure de numérisation d’archives pour ensuite reconstituer virtuellement l’histoire d’une ville, d’une région, en commençant par Venise. C’est en effet sur la base des milliers de textes et plans historiques de la Cité des Doges qu’a été pensé, il y a quelques années par Frédéric Kaplan, du laboratoire des humanité digitales, le projet Venice Time Machine.

Les trois projets FET Flagships en cours, dont le Human Brain Project, lui aussi lancé en 2013 à l’EPFL et doté sur 10 ans d’un milliard d’euros au total, ne sont pas concernés par cette décision, et continuerons dans le cadre de Horizon 2020, l’actuel programme-cadre européen de la recherche.

La réaction de la Commission européenne. Lucia Caudet, porte-parole pour la recherche, la science et l’innovation:

«Les projets Flagships lancés à ce jour ont délivré d’excellents résultats, et sont devenus des références internationales. Les initiatives de ce type vont continuer à être soutenue dans Horizon Europe, comme l’a confirmé le Parlement européen et le Conseil de l’UE en avril 2019.»

Horizon Europe est le prochain programme-cadre européen de la recherche, qui couvrira la période 2021-2027, avec une dotation d’environ 100 milliards d’euros. Tous ses détails n’ont pas encore été ficelés.

«Le label ‘FET Flagship’ va cesser d’être utilisé dans Horizon Europe. Ceci dans l’objectif de simplifier le paysage de la recherche européen.»

Selon Kurt Vandenberghe, dans Science, les six projets candidats pourraient, d’une manière ou d’une autre, être fondus dans Horizon Europe.

Toutefois, une source de la Commission européenne précise:

«Les six candidats FET Flagships ont été lancé sous le programme-cadre actuel Horizon 2020. Il n’y a jamais eu d’engagement de les poursuivre après la phase préparatoire.L’intention n’a jamais que ces actions préparatoires deviennent automatiquement des Flagships. Cette phase va complètement être utilisée dans la planification stratégique de Horizon Europe, et pourrait conduire à définir de réguliers appels à candidature, des partenariats ou de nouveaux domaines de mission.»

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Lire l'article de Science (EN)
Lire la réaction de Frédéric Kaplan, initiateur de Time Machine

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