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L’armée suisse se prépare à de potentielles cyberattaques

Le virus de cyberespionnage «Flame» a visé l'Iran en 2012. | SecureList

En marge de la conférence co-organisée par GVA2 et Heidi.news le 24 juin soir à Genève sur l’intelligence artificielle, le physicien Colin Barschel, responsable des partenariats industriels et académique du Cyber-Defence Campus, a répondu à nos questions sur l’utilisation de ces technologies au sein de l’armée suisse.

Son parcours. Titulaire d’un doctorat en physique de l’Université d’Aix-la-Chapelle, il a longtemps travaillé au CERN avant de se spécialiser en cybersécurité. Le Cyber-Defence Campus dépend d’armasuisse, l’Office fédéral de l’armement, responsable des acquisitions et des tests du matériel pour l’armée suisse.

Dimanche soir, Donald Trump a déclaré que les États-Unis allaient lancer des cyberattaques contre l’Iran, en représailles du drone abattu par la République islamique. Entre-t-on dans une nouvelle ère de la cyberguerre?

Je ne pense pas. Des cyberattaques ont régulièrement eu lieu mais jusqu’ici sans être annoncées ni revendiquées. Ce président a pris le parti de les utiliser comme des menaces, en les rendant publiques.

La Suisse est-elle préparée à subir des cyberattaques?

La Suisse a jusqu’ici été particulièrement épargnée. Elle n’a pas subi d’attaques majeures, sauf en 2015 lorsque le groupe de défense et d’armement RUAG a été attaqué et espionné. Ce piratage montre qu’on n’arrive toujours pas à détecter les intrusions et qu’elles peuvent durer longtemps avant d’être découvertes.

Depuis, un plan d’action a été mis en place. Le Cyber-Defence Campus a vu le jour dans ce cadre. Il est actif depuis janvier 2019. D’autres mesures ont été prises, comme d’aménager l’école de recrues l’an dernier afin d’orienter des jeunes informaticiens dans cette filière de cyberdéfense. Ceci dit, l'armée a beaucoup d'experts, ses réseaux sont sécurisés, elle est bien préparée.

Le Cyber-Defence Campus fournit à l’armée suisse des technologies basées sur l’intelligence artificielle. Comment-travaillez-vous?

Déjà, nous ne développons pas de système d’attaque. Nous faisons de la recherche appliquée sur des thèmes liés à la cyberdéfense. On examine une technologie, les situations où elle peut servir, puis on lance un appel d’offres auprès de l’industrie pour fournir cette technologie à l’armée. L’intelligence artificielle est utile dans certains projets de cyberdéfense.

Pour récolter nos informations, nous participons à des exercices en situation réelle et fictive. Par exemple, nous participons à un exercice de cyberdéfense international nommé Locked Shields. Les pays participants y sont divisés en deux équipes, celle qui attaque et celle qui doit se défendre. Nous utilisons ensuite ces données pour entraîner nos systèmes de défense à découvrir la nature de l’attaque et à y réagir.

Quelle a été votre dernière mission?

Nous travaillons sur plusieurs projets en parallèle. Dernièrement, nous avons évalué la fiabilité de la surveillance radar des avions. Le sujet est crucial car il est assez simple de falsifier ou de créer, sur les radars, une position fictive d’un avion. Grâce à des algorithmes de machine learning qui analysent les signaux radio, nous avons développé un système qui vérifie si l’avion existe bien et si sa position est juste. Ces résultats bénéficient aussi bien à l'armée qu'à l’aviation civile.

Ces technologies progressent très rapidement. Vous arrivez à suivre?

Nous sommes une plateforme d'anticipation dans le domaine cyber, nous devons être à l’avant-garde des technologies. Actuellement, une quinzaine de scientifiques, avec des formations en ingénierie, en informatique ou en physique travaillent pour le Cyber-Defence Campus.

L’année prochaine nous devrions être 22. Mais nous cherchons surtout à développer un maximum de collaborations pour mettre en commun nos compétences. Nous avons donc récemment créé des antennes à l’EPFL et à l’EPFZ. En plus de ces liens académiques, nous développons des partenariats avec des entreprises et créons ainsi des situations gagnantes-gagnantes.

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