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Un compte Twitter remet à leur place les titres tapageurs de la presse sur la science

Une souris de laboratoire aux Etats-Unis | ROBERT F. BUKATY/AP/KEYSTONE

Pour relater des découvertes médicales, la presse «grand public» est souvent prompte à dégainer des titres accrocheurs, mais erronés car trop vagues. C’est pour brocarder ce phénomène qu’un Américain a créé le compte Twitter @justsaysinmice (EN).

Le principe. Le compte republie des articles dont le titre laisse à croire que la découverte décrite concerne l’homme, lorsqu’elle ne porte en fait que sur des souris, en y apposant un laconique «IN MICE» (chez la souris, donc). L’occasion de rappeler le rôle crucial joué par les rongeurs dans la recherche scientifique.

justsaysinmice on Twitter

Pourquoi ce compte. Dans une note publiée sur Medium (EN), James Heathers, l’auteur du compte, qui compte désormais plus de 56’000 abonnés en quatre semaines d’existence seulement, explicite sa démarche:

«Je ne pense pas qu’il faille attendre le dernier paragraphe d’un article de presse — lorsque cette information n’est pas purement absente— pour découvrir que la dernière étude sur le régime à la mode, ou la tumeur qui va peut-être vous tuer, n’a en fait porté que sur la souris. La différence est cruciale, car cela revient à prendre une étude pré-clinique pour un essai clinique de phase III [fait donc sur des milliers de gens].»

De quoi on parle. La place de l’expérimentation animale est décisive pour faire progresser la recherche, par exemple dans des domaines comme la lutte contre le cancer ou contre les maladies neurodégénératives. Muriel Cuendet, professeure à la section des sciences pharmaceutiques et du centre de recherche translationnelle en onco-hématologie de l’Université de Genève, résume en quoi diffèrent les tests in vitro et in vivo:

«Avant de procéder à des tests in vivo [sur des êtres vivants], il y a souvent beaucoup à faire pour préciser les essais in vitro, par exemple en procédant à des cultures cellulaires. Jusqu’à récemment, il s’agissait de monocouches dans des boîtes de Pétri, mais de plus en plus, ces cultures sont réalisées en trois dimensions (3D), en utilisant plusieurs lignées cellulaires qui vont interagir entre-elles. Ensuite seulement on peut tester sur l’animal. Une démarche encadrée en Suisse de façon très stricte par des comités d’éthique, contrairement à d’autres pays comme la Chine, où la législation est beaucoup plus large.»

Le problème. Ce qui fonctionne chez la souris ne marche pas toujours chez l’homme. Le secteur pharmaceutique en a déjà fait les frais dans le passé. Muriel Cuendet:

«L’exemple le plus cuisant est celui du thalidomide, un médicament utilisé dans les années 1950 comme anti-nauséeux chez la femme enceinte, mais qui a provoqué de nombreuses malformations chez le nouveau-né… Testé uniquement chez le rat, il ne présentait pas cet effet secondaire. Mais il faut voir le chemin parcouru depuis.»

Et maintenant. Les recherches de ce type se sont grandement améliorés au cours des dernières années.

  • Dans le domaine de la lutte contre le cancer, l’utilisation de «souris humanisées», c’est-à-dire génétiquement modifiées pour faire «ressembler» leur organisme à celui de l’homme, permet de mieux représenter des pathologies que l’on cherche à soigner chez l’homme.

  • Ces premiers modèles sont plus précis que les modèles de «xénogreffes» (xenograft), où l’on implante directement une lignée cellulaire humaine cancéreuse chez la souris.

Muriel Cuendet poursuit ses explications:

«Après administration, les médicaments doivent être absorbés et sont parfois métabolisés. Le modèle murin (modèle d’éxpérimentation animale) permet généralement une bonne évaluation de ces paramètres qui ne peuvent pas être entièrement prédits dans des modèles cellulaires in vitro. Il faut toutefois relativiser, car les limites de toxicité ne sont pas toujours comparables entre les différentes espèces… Ce sont des modèles que l’on peut toujours améliorer.»

Pourquoi donc viser les souris? Les rongeurs représente près de 85% des animaux utilisés. De rares champs de recherche utilisent le poisson-zèbre (épilepsie) voire des primates (maladie de Huntington, sida… ). Jeames Heathers précise, non sans humour, son choix pour son compte Twitter:

«Bien sûr, le choix des souris est arbitraire. Cela pourrait être ‘dans des lignées cellulaires’, ‘sur des cobayes’, ou ‘sur des mouches drosophiles’, voire ‘sur des hommes blancs portant des chaussures ‘bateau’ dans le Midwest. Mais le plus souvent, dans les recherches, il s’agit de rongeurs. La couverture médiatique pourrait être considérablement améliorée en ajoutant en fin de titre: ‘chez la souris’.»

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Lire les explications de James Heathers (EN) et parcourir le compte Twitter @justsaysinmice

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