| News

Harcèlement sexuel chez Unia à Genève: les victimes mécontentes de la procédure

Nous publions ici le communiqué de presse envoyé vendredi 6 mars par les avocates qui représentent cinq victimes de harcèlement sexuel dans plusieurs syndicats à Genève. Cela fait suite à la publication d'une enquête de la Tribune de Genève et à un éditorial de Heidi.news qui avait aussi recueilli des témoignages: https://www.heidi.news/articles/metoo-mais-pas-pour-moi-chez-unia-les-femmes-harcelees-ne-parlent-pas-elles-partent

A l’approche du 8 mars et trois mois après les révélations par un quotidien genevois de harcèlement sexuel de la part d’un responsable syndical [chez Unia] à l’égard d’une dizaine de femmes, l’employeur n’a toujours pas pris position.

Cinq témoignantes issues de plusieurs syndicats ont tenté, en vain, d’obtenir de la part de l’employeur du mis en cause une procédure respectueuse de leur situation (…). Il n’en est rien. Face à ce refus, les victimes dénoncent être punies pour avoir osé poser des conditions pour une participation volontaire à cette procédure (…). Elles appellent le syndicat employeur, après 3 mois de tergiversations, à sanctionner rapidement l’auteur des violences sexistes.

Cinq témoignantes ont pris la décision de se faire représenter collectivement par Maîtres Clara Schneuwly et Camille Maulini du Collectif de défense pour transmettre leurs témoignages circonstanciées à l’employeur et obtenir de ce dernier une procédure correcte.

Pas entièrement en confiance avec l’organisme d’enquête choisi par l’employeur, (…) elles se sont opposées à une audition auprès de l’organisme d’enquête choisi par l’employeur, mais favorables à répondre par écrit aux enquêteurs, à certaines conditions. Elles ont demandé de:

  • Pouvoir prendre connaissance des positions du mis en cause concernant leurs déclarations

  • Pouvoir prendre connaissance des conclusions de l’enquête avant sa transmission à l’employeur

  • Pouvoir prendre connaissance des mesures décidées par l’employeur avant leur communication publique

  • Ne pas être liées par les conclusions de l’enquête

  • Être libres de communiquer en tout temps, ce dans le respect de la protection de la personnalité du mise en cause

Arguant qu’en accédant à ces demandes l’employeur lèserait gravement les droits de la personnalité du mis en cause, l’employeur les refuse sèchement, sans négociations, et renvoie les témoignantes à des hypothétiques actions en justice dont il sait pertinemment qu’elles sont inadaptées à la situation.

Les victimes sont très déçues d’une telle attitude de la part d’un syndicat.

En refusant toute négociation sur les conditions de participation à l’enquête, elles se sentent déconsidérées dans leurs droits de victime mais aussi de collègues et militantes d’autres syndicats. Elles considèrent que leur parole n’est pas entendue, qu’elles sont punies pour avoir osé critiquer les choix de procédure de l’employeur et osé demandé à les adapter à leur situation particulière: victimes certes, mais également camarades d’un autre syndicat actives sur maintes luttes communes et concluent que la honte n’a pas changé de camp,

Si elles confirment bénéficier d’un fort soutien de divers milieux syndicaux et politiques, dont les milieux féministes, elles déplorent la recrudescence de rumeurs de complot et de règlement de comptes: complot patronalo-médiatique pour se débarrasser d’un «grand» syndicaliste, complot entre tendances syndicales, règlements de comptes entre syndicats suscités à dessin par des pseudo-victimes.

Pour ces femmes, secrétaires syndicales ou militantes, ces rumeurs visent à discréditer les victimes, leurs dénient toute sincérité dans la lutte contre les violences sexistes, les réduisent au mieux à des femmes dénuées de toute volonté politique voire de volonté tout court, au pire à des comploteuses.

Laisser place à de telles rumeurs clairement infamantes aboutit en fin de compte à affaiblir la crédibilité des syndicats dans la lutte contre les violences sexistes censée être un de leurs fondamentaux.

Les victimes appellent le syndicat employeur [Unia] à plus de respect et à revoir son attitude quant à leurs demandes (…). Enfin elles appellent le syndicat employeur à sanctionner rapidement l’auteur de ces violences sexistes, indigne de représenter un syndicalisme sincèrement féministe et donc le syndicalisme en général.

link

Clara Schneuwly et Camille Maulini, www.collectif-de-defense.ch

Heidi.news sur Telegram, chaque fin de journée, recevez les articles les plus importants.
Inscrivez-vous!

Lire aussi