| | news

L'expédition GLACE autour du Groenland reportée, faute d'autorisations de navigation danoises

L'Akademik Treshnikov aurait dû emmener cet été les chercheurs de GLACE autour du Groenland | EPFL

Cela devait être la première circumnavigation complète du Groenland: le départ de l’expédition GLACE lancée par le Swiss Polar Institute basé à l’EPFL, prévu en août 2019, a été reportée. Les autorités danoises n’ont pas donné l’autorisation aux deux brise-glace russes de l’équipée d’aller proche des côtes pour permettre aux scientifiques de mener leurs expériences.

Pourquoi c’est regrettable. Quinze groupes de recherches du monde entier (dont plusieurs suisses), sélectionnés après un processus très compétitif, se préparaient depuis des mois. Selon les organisateurs de GLACE, les instances danoises leur ont communiqué ne pas avoir le temps d’évaluer leur demande dans un délai permettant au projet de se concrétiser, quand bien même les premières requêtes ont été soumises au printemps 2018 déjà.

Ce que prévoyait l’expédition. Quelques 60 jours de navigation de et jusqu’à Reykjavik, en faisant le tour de l’île recouverte de glace, à bord surtout d’un brise-glace normal, l’Akademik Treshnikov . Pour la partie la plus septentrionale, là où flotte de manière pérenne durant toute l’année une banquise épaisse de plusieurs mètres, un chenal devait être ouvert par un autre brise-glace, nucléaire celui-là, le 50 Let Pobedy (50 ans de Victoire), un monstre de 150 m de long, le plus grand du genre au monde.

Dans ces régions extrêmement reculées où très peu d’expéditions scientifiques se sont rendues, les chercheurs de GLACE (pour GreenLand Circumnavigation Expedition) avaient prévu de mener des recherches inédites dans plusieurs domaines: glaciologie, sciences océaniques, limnologie et sédimentologie, sciences de l’atmosphère, biodiversité.

Ce qui s’est passé. Depuis des mois, l’expédition était préparée dans ses plus ultimes détails, certains des 44 scientifiques étant déjà en train d’acheminer du matériel vers Kiel (Allemagne), lieu d’embarquement sur le continent. Puis la nouvelle est tombée, comme l’explique Danièle Rod, directrice du Swiss Polar Institute (SPI):

«En dépit d’une première requête aux autorités danoises soumises il y a plus d’un an, d’une réponse de principe positive et du dépôt, en janvier 2019, d’un plan scientifique détaillé pour les travaux scientifiques à mener dans les eaux autour du Groenland, nous avons reçu il y a peu la notification de ces autorités qu’elles ne seraient pas à même de délivrer les autorisations nécessaires à temps», avant le départ de GLACE. «Nous avons désormais atteint un point de non-retour et ne pouvons désormais plus maintenir la réservation provisoire du 50 Let Pobedy pour notre programme scientifique.»

Où c’est problématique. L’obtention des telles autorisations n’était-elle pas un pré-requis évident avant de lancer un projet d’une telle envergure? C’est un serpent qui se mord la queue, explique en substance Danièle Rod: «Pour obtenir des autorisations d’expédition scientifique, il faut pouvoir décrire précisément ce que l’on va faire. Or nous avons fait notre appel à projet scientifique en été 2018, suivi par l’évaluation et la sélection des études prévues. Nous avons donc informé en avril 2018 déjà les Danois de nos intentions du programme préliminaire, et procédé aux demandes formelles en parallèle à l’élaboration du programme scientifique.»

Avec le support notamment du Département fédéral des affaires étrangères helvétiques, les organisateurs expliquent avoir tout fait pour obtenir tous les feux verts nécessaires:

«Les autorités groenlandaises ont délivrés tous les permis de recherches souhaités [pour la terre ferme], mais cela n’était pas suffisant si nous ne pouvions pas mener des études scientifiques dans les eaux autours du Groenland.»

Pourquoi c’est compliqué. Du côté du SPI, on s’interroge sur les raisons qui ont fait que les choses ont tant tardé. «Nous allons procéder à une analyse de la situation avec les autorités compétentes, suisses et danoises, pour tenter de comprendre», dit Danièle Rod. Contactées par Heidi.news, les autorités danoises n’ont pour l’instant pas fourni d’explication.

Une interprétation possible. Depuis quelques années, l’Arctique attise toutes les convoitises. Avec l’amoindrissement de la surface de la banquise, les ressources minières et en carburants fossiles font l’objet de plans d’exploitation sans cesse mis à jour. Les pays riverains de l’Océan glacial arctique (Etats-Unis, Canada, Norvège, Russie, Danemark par le biais du Groenland) ne cessent de placer leurs pions sur cet immense échiquier géostratégiques.

C’est dans ce contexte international compétitif que s’inscrit le passage demandé de deux brise-glaces russes dans les eaux danoises, dont un à propulsion nucléaire (avec les risques que cela comporte) et un autre bardé d’équipements scientifiques destinés notamment à mesurer et analyser les sédiments et fonds marins. Ceci quand bien même les résultats acquis à bord de GLACE devaient être largement et librement diffusés.

Et maintenant. Selon Danièle Rod, l’idée reste d’obtenir toutes les autorisations nécessaires pour agender cette expédition à l’été 2020, pour autant que les contraintes logistiques le permette. «L’approche scientifique, elle, reste complètement valable, tant ces régions restent inexplorées.» Mais évidemment, tous les scientifiques seront consultés concernant les impacts de ce report sur leurs recherches.

newsletter_point-du-jour

Recevez_ chaque matin un résumé de l'actualité envoyé d'une ville différente du monde.

Lire aussi