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En quoi le coronavirus est bien plus grave qu'une grippe

Images: CDC / Pixabay / Republica. Montage Heidi.news

Entièrement mis à jour, nous publions à nouveau cet article sur la dangerosité du coronavirus. Exceptionnellement, nous avons décidé de le mettre à disposition gratuitement tant ces questions pratiques sont importantes pour bien réagir face à l'épidémie en cours.

En première analyse, le nouveau coronavirus ressemble beaucoup à la grippe: même transmission, mêmes symptômes, mêmes facteurs de risque. Au point que des voix se font entendre, malgré la progression rapide de l’épidémie de Covid-19, pour minimiser son impact par rapport à la pandémie de grippe saisonnière. La situation est pourtant autrement préoccupante. Voici pourquoi.

Pourquoi c’est important. L’Italie, la Suisse, la France ou encore l’Allemagne connaissent une situation de transmission soutenue du virus sur leur territoire, au moins localement (ville ou région). L’Italie, en première ligne, a pris des mesures inédites en Europe, en plaçant la totalité de ses citoyens (depuis lundi 9 mars au soir) sous le coup de mesures de confinement. La Suisse ne devrait pas échapper à ce sort, à plus ou moins brève échéance.

Bien plus mortel. La mortalité due à la grippe saisonnière n’est pas aisée à estimer, mais les experts du réseau Grippenet.ch l’évaluent autour de 0,1 à 0,2%. Le taux est dix fois inférieur lorsqu’on s’intéresse à la seule mortalité directe, c’est-à-dire aux personnes dont le décès est directement consécutif à la grippe.

Covid-19 a pour sa part une mortalité directe évaluée entre 1% et 3%, selon les sources. Le Center for Disease Control (CDC) chinois rapporte une mortalité de 2,3%, qui varie beaucoup entre le foyer épidémique du Hubei (2,9%) et le reste de la Chine (0,4%).

Le taux de létalité en Chine a en tout cas évolué au fil des semaines, pour se rapprocher progressivement de 1%. C’est aussi la mortalité en Corée du Sud (0,7%), et un bon candidat pour la fourchette basse. La fourchette haute serait plutôt à chercher du côté de l’Italie, avec une mortalité de près de 4%, qui s’explique au moins en partie par sa population âgée.

En l’état des connaissances, le nouveau coronavirus est donc beaucoup plus meurtrier que la grippe saisonnière, d’un facteur 10 à 100. S’il fallait trouver un point de comparaison plus adapté, Covid-19 se rapprocherait plutôt de la pandémie grippale de 1918 (grippe dite «espagnole»).

Ce taux de létalité peut être sur-estimé: les tests diagnostiques actuels (par séquençage du génome viral) ne permettent de vérifier que les cas symptomatiques, pris en charge par le système de santé. (Depuis le 9 mars, la Suisse s’est même résolue à ne plus tester que les personnes vulnérables et les cas graves.)

Les premiers tests sérologiques, qui permettent d’évaluer le nombre d’infections dans un échantillon représentatif de la population, commencent à être disponibles. Ils permettront de préciser le taux de létalité réel dans les semaines ou mois à venir.

La contagiosité. Les estimations épidémiologiques donnent un taux de reproduction de base (R0) du nouveau coronavirus entre 2 et 3. Autrement dit, une personne infectée par Covid-19 tend à en infecter à son tour 2 ou 3 autres. C’est plus que la grippe saisonnière, dont le R0 se situe autour de 1,5. Les épidémiologistes y voient le signe d’un potentiel de contagion similaire.

La bonne nouvelle, c’est que ce taux de reproduction n’est pas une caractéristique propre du virus. Il dépend beaucoup de son environnement, et notamment des comportements de ses hôtes potentiels: nous-mêmes. Avec ses mesures draconiennes (confinement, distanciation sociale), la Chine a réussi à faire descendre le R0 bien en-dessous de 1, le seuil critique pour enrayer l’épidémie.

Le mode de contagion est le même pour les deux types de virus: par contact et gouttelettes (éternuements et postillons), essentiellement. Cela implique que se tenir à 1 mètre ou plus d’une personne infectée suffit normalement à se protéger de l’essentiel des cas de transmission.

Idem pour la contagion via des surfaces inertes: le virus peut y rester présent et actif quelques heures ou plus, à l’instar des autres coronavirus. Une étude récente, à paraître dans NEJM, a permis de préciser la durée (maximale) de persistance, à température ambiante, sur différentes surfaces:

  • trois heures dans l’air après une aérosolisation (éternuement),

  • un jour sur du carton,

  • deux ou trois jours sur de l’inox ou du plastique.

Le risque effectif de transmission via ces surfaces inertes n’est pas connu, et reste proportionnel à la quantité de virus émise. A l’hôpital, où les patients sont très contagieux, cela justifie l’emploi de mesures de protection importantes. Dans la vie de tous les jours, la meilleure solution reste de se laver les mains régulièrement et de ne pas trop toucher son visage.

On ne peut pas exclure une transmission par les matières fécales du nouveau coronavirus, mais ce risque n’est pas confirmé pour l’instant et concerne plutôt les pays à faible niveau de développement.

Contagieux + létal = problème. Au plan épidémiologique, c’est la combinaison d’un virus contagieux et létal qui représente le plus grand défi de santé publique. C’est bien le cas avec l’épidémie de Covid-19.

Cela ne signifie pas que le risque individuel soit nécessairement élevé: il dépend pour beaucoup de l’état de santé et de l’âge. Pour les personnes de moins de 60 ans et n’ayant pas de maladie chronique, il est a priori très faible. Pour les personnes vulnérables, le risque est beaucoup plus préoccupant (voir plus loin).

Mais d’un point de vue de santé publique, le risque majeur est celui d’une saturation du système de santé, qui empêcherait de traiter correctement les patients infectés, par manque de lits, de matériel ou de personnel de santé disponible. C’est bien ce qui s’est passé à Wuhan, et semble se dérouler dans certains hôpitaux italiens.

La Suisse compte 400 à 700 lits adaptés de soins intensifs selon nos sources à l’OFSP, et environ 5% de tous les cas de Covid-19 nécessitent une telle prise en charge. Les choses peuvent donc aller très vite.

Si les personnels de santé commencent à être touchés en masse, à l’hôpital ou en ambulatoire, c’est tout le système de soins qui peut être déstabilisé. Comme l’a récemment fait remarquer l’OMS, les plans d’économie ayant frappé les systèmes hospitaliers des pays occidentaux ces dernières années accentuent ce risque. Les capacités d’accueil des hôpitaux ont souvent été réduites à l’os.

Dans ces conditions, les mesures de prévention individuelle ont vocation à protéger les plus vulnérables, mais aussi à éviter un impact plus général de l’épidémie sur nos sociétés, au plan sanitaire, économique, politique. L’efficacité de ces mesures est contre-intuitive: en raison de la progression exponentielle de l’épidémie, toute mesure suivie à l’échelle d’une communauté peut se traduire par une forte limitation du nombre total de cas.

Mêmes mesures de prévention individuelle. Les mesures de prévention individuelle sont les mêmes que pour toute infection respiratoire, grippe incluse:

  • se laver régulièrement les mains,

  • éviter les contacts étroits avec les personnes montrant des signes potentiels d’infection,

  • éviter de se faire la bise ou de se serrer la main pour se saluer,

  • tousser et éternuer dans des mouchoirs à usage unique, ou à défaut dans son coude,

L’OFSP a ouvert une ligne d’information, joignable au +41 58 463 00 00, désormais ouverte 24/24h.

Symptômes analogues. Les premiers symptômes de coronavirus sont évocateurs d’un syndrome grippal: l’infection se manifeste en général par une fatigue et une fièvre (88%), un malaise général, rapidement suivis d’une toux sèche (68%).

En revanche, le nez qui coule n’est pas un symptôme typique de Covid-19, qui reste résolument une infection des voies respiratoires basses (bronches).

Les premiers symptômes apparaissent au bout de 3 à 10 jours pour la grande majorité des patients, avec une moyenne à 5 jours.

On ignore combien de temps un patient peut être contagieux avant l’apparition des symptômes, et si ce type de transmission joue un rôle important dans la propagation du virus. Ce point demeure une incertitude majeure.

De bénin, le tableau clinique peut ensuite évoluer en pneumonie, avec une détresse respiratoire qui peut nécessiter l’emploi d’une assistance plus ou moins importante (du simple masque à oxygène à la ventilation mécanique invasive).

Le devenir des patients. Toujours selon les données chinoises, chez les patients infectés:

  • 81% présentent ou présentaient un tableau bénin;

  • 14% sont dans un état sérieux, de type pneumonie et insuffisance respiratoire;

  • 5% connaissent un état critique, avec une insuffisance respiratoire majeure (syndrome de détresse respiratoire aigu), un choc septique, des défaillances d’organes multiples.

Ces données sont cruciales pour préparer la réponse sanitaire:

  • les états bénins peuvent être pris en charge en ambulatoire (domicile et soins de ville),

  • les états sérieux nécessitent une hospitalisation, par exemple dans des secteurs d’infectiologie ou de pneumologie dédiés, avec une aide respiratoire (oxygène ou ventilation non invasive),

  • les états critiques requièrent une prise en charge en soins intensifs ou en réanimation (ventilation mécanique avec ou sans intubation, oxygénation extracorporelle).

L’impact de l’âge. C’est un des facteurs clés de vulnérabilité à Covid-19, à l’instar de la grippe. Toujours d’après les données du CDC chinois:

Autrement dit, la létalité est virtuellement nulle chez les jeunes et les adolescents, très faible entre 30 et 50 ans, et commence à devenir importante au-delà.

Attention aux surinterprétations: être (relativement) jeune et en bonne santé n’est pas une garantie d’immunité. Les données chinoises évaluent à 0,9% la proportion de patients décédés sans autre maladie identifiée.

Le Dr Bruce Aylward, qui dirigeait la mission de l’OMS en Chine, rapportait mardi 25 février que les médecins chinois se sont trouvés confrontés à des cas sévères chez des personnes a priori considérées comme peu vulnérables.

Ce constat a depuis été confirmé par les médecins européens confrontés aux patients atteints de Covid-19. La maladie affecte beaucoup plus de personnes jeunes et en relative bonne santé que la grippe.

Les enfants épargnés. C’est une différence majeure avec la grippe: le coronavirus affecte très peu les enfants. À ce jour, le plus jeune patient infecté à Covid-19 était âgé de 10 ans. La mortalité chez les personnes de moins de 20 ans est virtuellement nulle.

On sait désormais que les enfants ne sont pas mieux protégés que les adultes contre le virus: leur taux d’infection est similaire, mais ils tendent à n’avoir que des symptômes légers ou imperceptibles.

On ignore encore à quel point les enfants sont contagieux pour Covid-19. mais on sait qu’ils constituent un vecteur majeur de diffusion de plusieurs autres maladies infectieuses, dont la grippe. Décision a été prise par plusieurs pays (France, Italie, la Suisse pourrait suivre bientôt) de fermer les écoles, à titre de précaution.

La saisonnalité. Le virus de la grippe – ou plutôt les virus, car les souches varient – circule chaque année dans les zones tempérées, provoquant une pandémie hivernale. Il n’est pas impossible que Covid-19 connaisse un sort analogue, avec un reflux au printemps et un retour à l’automne. Seul l’avenir pourra le dire.

La saisonnalité avérée de la grippe est en revanche une bonne nouvelle concernant les chances d’endiguer Covid-19: le pic de pandémie grippal ayant été atteint durant la première semaine de février en Suisse, il sera de plus en plus aisé de détecter les cas d’infection au nouveau coronavirus. Cela permet aussi d’éviter les cas de co-infection grippe/Covid-19, évidemment très délétères chez les personnes âgées.

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