| Idées

En quoi Donald Trump est un négationniste

Robert Neuburger

Psychiatre et psychanalyste aux méthodes singulières, qui avait fait l’objet d’une de nos Explorations, Robert Neuburger livre pour Heidi.news son analyse de la personnalité de Donald Trump, un des présidents les plus controversés de l’histoire américaine.

Ce qui est étonnant est que parmi les diagnostics portés sur Donald Trump, le seul qui lui convienne ne soit pas ou peu évoqué. C’était encore récemment le cas dans la presse d’un psychiatre qui ne voyait comme problème chez le président que des troubles du caractère. Le diagnostic qui convient est pourtant évident: c’est celui, bien dévalorisé parce que galvaudé et utilisé de façon souvent abusive, de «pervers narcissiques», justifié par ses comportements.

Jouissance de la manipulation. Ce fonctionnement repose sur le fait que Trump est un infirme affectif, assoiffé par son besoin de reconnaissance mais totalement incapable d’empathie, d’aimer au sens large. D’où sa capacité de nuisance: «qui n’est pas avec moi, est contre moi» serait son slogan.

Certains manipulent parce qu’ils pensent avoir la nécessité de le faire et d’autres le font surtout pour le plaisir, pour la jouissance de nuire. Donald Trump est de façon évidente dans cette deuxième catégorie. Il jouit de manipuler et nourrit son sentiment d’exister du fait de sa capacité exceptionnelle à manipuler les autres.

Le dernier exemple est grandiose. Dans sa façon de nier les résultats des élections américaines et d’agir sur la foule, il utilise une technique qui est la plus perverse des techniques manipulatoires, du moins dans ma classification telle qu’on peut la trouver dans mon ouvrage, Paroles perverses. Cela a un nom: le négationnisme.

Plus pervers que la désinformation. Le négationnisme est la pire des perversions. C’est la négation de faits bien établis, de faits historiques, tels des massacres ethniques ou des génocides, dans l’Allemagne nazie, en Turquie ou ailleurs. Le négationnisme ressemble à de la désinformation, mais ça n’en est pas. Il existe entre les deux une différence majeure: la désinformation vise à modifier les perceptions du témoin, du porteur de mémoire, de la victime, en créant de la confusion ; le négationniste ne s’adresse pas à sa victime, mais à l’entourage de celle-ci. Son action vise à décrédibiliser le témoin aux yeux des tiers.

Je dirais même qu’un négationniste ne cherche pas à convaincre le porteur de mémoire qu’il se trompe, qu’il a mal compris: Donald Trump sait qu’il ment et Joe Biden sait que Trump ment et sait qu’il ment. Ce qui intéresse le président sortant n’est pas de convaincre le président élu qu’il se trompe, mais de le faire passer, et le parti démocrate avec, pour le représentant d’un monde trouble, ayant des intérêts masqués, c’est-à-dire de désinformer le parti républicain. Le parti démocrate, pourtant porteur de réalité, devient alors aux yeux des fans de Trump un univers fait de menteurs, de tricheurs, de personnes qui recherchent des avantages indus. Bref, ils sont diabolisés alors même qu’ils sont les victimes! Le négationnisme, c’est l’art d’isoler certains en les rendant suspects.

Le négationnisme est un acte d’une violence considérable. Il vise à perturber les rapports entre les porteurs de mémoire et le monde qui les entoure. Le négationniste tente à la fois d’isoler ses victimes, de les discréditer aux yeux d’un collectif social, et de se faire passer pour une victime en attirant sur lui la compassion.

  • Pour en savoir plus sur Robert Neuburger, (re)plongez-vous dans notre exploration en 7 épisodes Le psy qui vous a compris, publiée début 2020.
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