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En Chine, des stimulateurs cérébraux pour soigner la dépendance aux méthamphétamines

Scanner cérébral d'un patient dépendant aux méthamphétamines à l'Hôpital Ruijin de Shanghai. | Erika Kinetz / AP / KEYSTONE

Des médecins de l’hôpital Ruijin, à Shanghai, testent des implants cérébraux sur des patients souffrant d’addiction aux méthamphétamines et aux opiacés.

Pourquoi on en parle. C’est la première fois qu’un essai clinique évalue les effets de la stimulation cérébrale profonde pour la dépendance aux méthamphétamines, une drogue de synthèse particulièrement répandue en Asie et en Amérique du Nord. Des tests similaires pour d’autres stupéfiants ont déjà été menés en Chine et dans plusieurs pays européens, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas et au Portugal.

De quoi s’agit-il. La stimulation cérébrale profonde (ou DBS pour deep brain stimulation) consiste à implanter des électrodes dans la boîte crânienne. Dans le cas présent, les électrodes stimulent le noyau accumbens, une partie du cerveau qui joue un rôle dans l’addiction. Le patient se voit aussi implanter une batterie dans le torse, pour alimenter le dispositif en courant.

Les résultats. Le premier patient équipé d’un implant de DBS dans le cadre de l’essai mené actuellement à Shanghai n’a pas rechuté, six mois après l’intervention. Une autre étude réalisée par une équipe de l’hôpital militaire de Xian, parue en janvier, montre que cinq des huit personnes traitées ainsi n’avaient pas consommé de drogues deux ans après l’opération.

Toutefois, Sun Bomin, le directeur du département de neurochirurgie fonctionnelle de l’hôpital Ruijin, avait publié une étude de cas en 2017 faisant état d’un héroïnomane traité avec un implant de DBS décédé d’une overdose trois mois plus tard.

Les défis. Christian Lüscher, spécialiste de l’addiction aux Hôpitaux universitaires de Genève:

«On ne comprend pas encore vraiment comment cela marche, c’est-à-dire quelle partie du cerveau doit être stimulée et de quelle façon pour obtenir le meilleur résultat.»

La DBS est déjà couramment utilisée pour traiter des personnes affectées par la maladie de Parkinson. Le protocole utilisé par les chercheurs chinois reproduit simplement celui employé pour cette pathologie, à savoir une stimulation à 130 Hz pratiquée de façon continue. Christian Lüscher poursuit:

«Les expériences animales menées dans d’autres laboratoires, notamment dans le mien, suggèrent qu’une fréquence plus basse ciblant uniquement certains types de cellules, associée à un traitement pharmaceutique, pourrait être plus efficace contre l’addiction.»

L’avantage chinois. «La plupart des essais dans d’autres pays se sont heurtés à la difficulté de recruter des patients», souligne Christian Lüscher. En Chine, les personnes souffrant d’addiction sont davantage prêtes à tenter ce genre d’approches nouvelles. «Les mentalités sont différentes: le bien-être collectif est perçu comme étant au-dessus des intérêts individuels.»

À cela s’ajoute un contexte sociétal dans lequel les drogués sont traités comme des criminels et régulièrement envoyés dans des camps de travail forcé. Jusqu’en 2004, les hôpitaux chinois pratiquaient une thérapie controversée consistant à détruire des morceaux de tissus cérébraux pour traiter l’addiction.

Le prix de cette procédure en Chine représente un autre atout. Le pays compte deux gros fabricants d’implants de DBS, SceneRay et Beijing PINS Medical. Un implant y coûte 25'000 francs, quatre fois moins qu’aux Etats-Unis.

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