De bonnes raisons de soutenir mon documentaire «Le pari d'Esther»

Camille Andres

Camille Andres est l'auteure de l'Exploration «L'Etivaz, le génie fromager», publiée l'an dernier. Elle prépare la «saison 2», en documentaire, que soutient Heidi.news.

Pour suivre Esther Mottier au fur et à mesure de son projet, j’ai besoin d’appuis financiers. Car ce film est difficile à soutenir pour les organismes habituels du cinéma suisse: il ne rentre pas dans leurs cases. J’ai trouvé une équipe de tournage et de montage de grande qualité et je me suis entourée de professionnels de la production. Tout le monde est d’accord de faire des efforts sur les tarifs habituels. Une première étape de 30’000 francs doit nous permettre de tourner les prochains événements, qui seront cruciaux.

Alors voici pourquoi, à mes yeux, ce film est d’intérêt général et mérite votre soutien:

1. Nous avons besoin de documenter le changement

Faire le portrait d’Esther au moment du couper de ruban de sa ferme unique en Suisse serait, à mon sens, une erreur. C’est avant, dans les coulisses, lorsque tous les choix sont encore ouverts, que des oppositions s’expriment et qu’un compromis est trouvé, que se joue l’essentiel. Je l’ai compris en travaillant sur l’Exploration L’Etivaz, le génie fromager: Il y a 35 ans de cela, au même endroit, alors que de jeunes producteurs emmenés par Jacques Henchoz imaginaient la coopérative qui porterait leur futur fromage AOP, les oppositions faisaient rage. Aujourd’hui, plus personne ne conteste ce choix qui a contribué à la prospérité du Pays-d’Enhaut, avec une marque, L’Etivaz, qui a fait le tour du monde. Je vois dans le projet d’Esther un virage vers l’étape suivante, pour orienter toute la région vers un tourisme durable, une agriculture ultra-locale et qualitative. Comment sera-t-il reçu et discuté? C’est dans les six prochains mois que va se jouer le destin de ce projet.

2. Nous avons besoin de «rôles-modèles»

On peut ne pas partager ses convictions, on ne peut qu’être impressionné  par la détermination et l’ambition d’Esther Mottier. Sans être spécialisée en management, elle mène de front la gestion d’une ferme, de deux magasins bio, d’un cabinet de thérapies naturelles, d’une petite famille et le développement d’un projet de ferme holistique. Pour Esther, tout se règle par la discussion, l’échange. Il lui arrive aussi d’être épuisée, d’avoir des nuits blanches, de faire des erreurs. Je trouve important, pour des porteurs de projets quels qu’ils soient, mais notamment des jeunes filles dans le domaine agricole, de pouvoir entendre la voix de cette femme.

3. Nous avons besoin de comprendre le point de vue des femmes

On le sait, les femmes sont moins bien payées et considérées dans le milieu rural, comme dans beaucoup d’autres. Partout dans le monde, ce sont les premières touchées par le changement climatique, la pauvreté, les violences et les inégalités. Dans le Pays-d’Enhaut, autour d’Esther, s’est constituée une communauté d’un certain nombre de femmes ayant développé une entraide et une sororité particulières.

J’aimerais comprendre et mettre en lumière les obstacles spécifiques qu’Esther rencontre en raison de son genre: comment ses interlocuteurs s’adressent à elle, quelles stratégies particulières elle doit adopter pour surmonter les oppositions. Car oui, en 2020, être une femme porteuse de projet, en particulier dans l’agriculture, n’est pas évident.

4. Nous avons besoin de changer d’imaginaire

Tout le monde s’accord à dire que notre société, doit “changer de modèle”, “changer de fonctionnement”. Personne ne s’enchante des millions de particules de plastique répandues chaque année dans l’environnement, des pesticides présent dans les eaux souterraines suisses, de la baisse du nombre de pollinisateurs et de la biodiversité. Mais comment changer? La première étape, il me semble, c’est d’oser penser autrement. Et pour cela, il faut un peu d’utopie et beaucoup d’audace. C’est d’ailleurs le propos du livre de Rob Hopkins que je viens de terminer, Et si on libérait notre imagination pour créer le monde que nous voulons?

Je ne pense pas que le projet d’Esther apporte des solutions toutes faites, que l’on pourra copier-coller ailleurs. Mais permettra de réfléchir aux possibilités et obstacles d’une transition locale. Mon film veut servir de support à des débats que nous devons mener aujourd’hui: voulons-nous nous nourrir de manière plus locale? Est-il possible de changer de modèle agricole? De mieux comprendre la nature ? Si oui, à quel prix et avec quelles conséquences? Sommes-nous prêts à nous remettre en question, si oui jusqu’où? Avant de s’impliquer soi, il faut comprendre ce qui est en jeu. Et en débattre avec ses proches, ses voisins, ses collègues, avec les autorités de sa ville ou son canton.

5. Nous avons besoin de nous approprier le changement

Les scientifiques le reconnaissent à demi-mot: les conséquences du changement climatique, parce qu’elles paraissent si effroyables, peuvent paralyser. C’est une des thèses de Robert Gifford, professeur de psychologie à l’Université de Victoria en Colombie-Britannique: si on imagine le changement climatique comme une catastrophe annoncée, quel intérêt d’agir? Par contre, si ces bouleversements sont présentés – et ressentis – comme des phénomènes offrant aussi des opportunités, ils peuvent inciter chacun à agir.

Voilà pourquoi je suis convaincue qu’il faut tourner, dès maintenant, le documentaire Le Pari d’Esther. Nous avons besoin de 155’000 francs en tout jusqu’à l’an prochain, dont 30’000 francs dans les semaines à venir. Le projet vous parle? J’ai initié un crowdfunding, que vous pouvez soutenir et partager ici. Sur Heidi.News, je tiendrai des carnets de tournage pour vous raconter les dessous de cette aventure. Merci de votre attention, et peut-être de votre soutien!