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Comment la pomme de terre sud-américaine s'est adaptée au climat européen

GAETAN BALLY/KEYSTONE

Les pommes de terre nous semblent aujourd’hui l’ingrédient incontournable d’une bonne raclette. Et pourtant, elles sont nées sous d’autres latitudes, dans la cordillère des Andes. Et se sont étonnamment bien adaptées au climat européen, grâce à des prédispositions génétiques, montrent de nouveaux travaux publiés dans Nature Ecology & Evolution (EN).

Pourquoi c’est fascinant. Incroyable histoire évolutive que celle de la pomme de terre. Née dans les Andes, elle est importée en Europe dès le 16e siècle, suite aux premiers voyages transatlantiques. De quoi mettre en contact et hybrider, une fois en Europe, des variétés qui ne l’auraient jamais été naturellement en Amérique du sud, et donner lieu à des caractéristiques inattendues.

Comment ont-ils procédé? C’est en étudiant le génome de 88 spécimens passés et actuels du tubercule que ces chercheurs ont pu en reconstituer l’histoire évolutive. Rafal Gutaker, auteur principal, du Max Planck Institute for Developmental Biology de Tuebingen, explique à Heidi.news:

«Nous avons utilisés des échantillons historiques issus des herbariums, afin de couvrir la diversité des plants utilisés en Europe ces 350 dernières années. Nous avons aussi inclus des spécimens collectés par Darwin lui-même en 1834 et 1862. Nous les avons comparés aux variétés actuelles sur le plan génétique.»

Les faits.

  • Après leur introduction en Europe, les pommes de terre sont parvenues à s’adapter à des saisons différentes, qui se traduisent en Europe par une période de pousse plus courte, des jours plus longs, et une amplitude thermique plus grande.

  • Comment? Grâce à des hybridations survenues entre différentes espèces de pommes de terre, qui ont notamment fait surgir un variant génétique, impliqué dans une meilleure adaptation à la longueur du jour. Rafal Gutaker:

«Le rôle joué par le gène CDF1 dans l’adaptation à la durée du jour avait déjà été montrée en 2013. Or, nous montrons dans notre étude que le bon variant du gène n’était pas présent chez les plus anciens spécimens andins ramenés par les premiers explorateurs.

Nous pensons que des pommes de terre issues de géographies andines très différentes, qui n’auraient jamais été en contact de façon naturelle, ont ainsi pu s’hybrider en Europe, où elles ont été importées grâce au transport maritime.»

  • Ces chercheurs pensent que les premiers plants ramenés en Europe étaient déjà pré-adaptés, mais qu’il a fallu attendre un nouvel apport de pomme de terre chilienne en Europe au cours du 18e siècle pour que ce caractère génétique ne soit finalement pérennisé.

Une telle adaptation est-elle atypique? Dans une certaine mesure, oui, répondent les auteurs.

«D’habitude, les plants se déplacent plus vite sur un axe est-ouest que dans une direction nord-sud, ce qui avait déjà été observé pour le blé et le maïs, car le changement de latitude a plus d’impact sur le processus de maturation.»

À quoi ça sert? Rafal Gutaker et son équipe pensent que leurs travaux aideront les agronomes à mieux diversifier leur catalogue de variétés. Brice Dupuis, spécialiste du tubercule à l’Agroscope, explique l’intérêt qu’il y voit pour les sciences agronomiques:

«C’est un héritage historique que nous, agronomes, avons tendance à tenir pour acquis. Surtout en Suisse, où l’on ne sélectionne pas directement de variétés de pommes de terre: on les importe de France, d’Allemagne ou des Pays-Bas en fonction des conditions de production et de la demande du marché en Suisse.

Mais dans certains cas particuliers, par exemple si l’on veut accroître la résistance au mildiou, les variétés modernes ne suffisent pas, et les sélectionneurs vont alors piocher dans des espèces de pomme de terre primitives les gènes d’intérêt souhaités. C’est là où ce type de travaux peut s’avérer utile.»

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Lire la publication sur Nature Ecology & Evolution (EN)

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