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Combien consomme vraiment une heure de streaming vidéo sur un smartphone

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Dans leur article mettant en contexte le dernier rapport du Shift Project consacré à l’impact climatique de la vidéo en ligne, nos confrères français des Echos ont publié une étonnante comparaison, depuis retirée de l’article: «Une heure de streaming vidéo sur un smartphone équivaut à la consommation d’un réfrigérateur allumé pendant un an.»

Une affirmation qui semble fantaisiste… et qui l’est. Le chiffre est surestimé d’un facteur 100 à 1000. Voici pourquoi.

Les ordres de grandeur.

  • La consommation électrique d’un réfrigérateur en fonctionnement pendant un an est comprise entre 150 et 500 kWh, en fonction de son rendement énergétique.

  • Si une telle quantité d’énergie devait être consommée en une heure, cela représenterait au moins autant qu’une vingtaine de foyers utilisant la puissance maximale de leur abonnement d’électricité pendant cette heure!

La consommation électrique du streaming doit être découpée en trois postes:

1.Datacenters (YouTube, Netflix ou autre). A noter d’abord que les infos concernant la consommation électrique, souvent disponibles de façon globale à l’échelle d’un centre de données, doivent être rapportées au débit de données effectivement transmises à chaque poste client par unité de temps.

  • Dans son rapport, The Shift Project l’estime à environ 0,072 Wh par mégaoctet (Mo), pour la moyenne des datacenters dans le monde en 2018.

  • Mais tout dépend ensuite de la résolution de la vidéo… Début 2018, un article du site HowToGeek estimait à environ 792 Mo/h pour le format 480p (utilisé sur les smartphones classiques). Ce chiffre peut monter jusqu’à plus de 3 Go/h pour les vidéos streamées en 4K (Ultra-HD). Mais ce cas est improbable depuis un smartphone, pas conçu pour afficher une telle résolution, à moins d’utiliser son smartphone comme modem Wi-Fi pour regarder Netflix depuis son ordinateur.

  • En termes de puissance consommée côté serveur, le calcul donne donc, pour le 480p, environ 57 W (0,072 Wh multiplié par 792 Mo/h), ce qui représente une à deux ampoules à incandescence traditionnelles.

2.Réseaux. Les données mobiles (3G, 4G…), qui transitent par le réseau cellulaire, sont plus énergivores que le réseau Wi-Fi ou la connexion par câble Ethernet.

  • A partir des données du Shift Project, on estime à environ 0,15 Wh/Mo la consommation du Wi-Fi, contre 0,9 Wh/Mo pour celle des données mobiles.

  • Cela traduit une puissance consommée supplémentaire de respectivement 120 W en 480p en Wi-Fi. Si l’on se connecte en données mobiles, la facture s’alourdit: environ 700 W en 480p.

3.Terminal. Enfin, il faut tenir compte de la consommation électrique du smartphone pour recevoir et afficher la vidéo. The Shift Project l’évalue à environ 0,11 Wh/min, soit environ 7 W.

L’addition, s’il vous plaît.

  • Visualiser une vidéo en 480p via le Wi-Fi, consomme donc, en cumulant le serveur, le client, et le réseau, environ 180 W.C’est équivalent à la puissance d’un gros spot halogène.

  • En données mobiles, ce chiffre grimpe à environ 764 W, soit la puissance d’un petit radiateur. C’est beaucoup, mais cela ne représente pour une heure que 764 Wh, bien moins que les 150 kWh du frigo mentionné dans l’article des Echos: le compte n’y est clairement pas.

Des pistes pour affiner l’estimation.

Dans sa FAQ, Netflix évalue à 0,7 Go/h son débit vidéo pour une qualité moyenne, ce qui est cohérent avec les estimations précédentes. Un paramètre «faible utilisation des données» permet toutefois de faire chuter la résolution et de limiter le débit à 0,3 Go/h. De quoi diviser approximativement par deux les estimations précédente: 90 W en Wi-Fi, 350 W en données mobiles.

Le chiffre ici utilisé pour la consommation des datacenters est générique, or la consommation énergétique est variable d’un centre à l’autre. Netflix, par exemple, n’a pas ses propres centres, mais utilise ceux d’Amazon, épinglé par certaines ONG (dont Greenpeace) pour ses pratiques pas toujours vertueuses.

En 2015, Netflix annonçait que, côté serveur, la consommation n’était de 0,13 Wh par heure de streaming délivrée, sans détailler les modalités de son calcul. Cela ne modifie toutefois que peu l’ordre de grandeur précédent, qui correspond à quelques centaines de watts-heures par heure de streaming.

Les conclusions.

  • Pour une heure de visionnage de vidéo en ligne depuis son smartphone, la consommation totale oscille donc entre quelque dizaines et quelques centaines de watts-heures. On est bien loin des 150 kWh de notre réfrigérateur! C'est un facteur 100 à 1000 qui sépare les deux chiffres.

  • Dans l’addition précédente et ses variations, on note que c’est bien la part liée au réseau sans-fil (Wi-Fi ou données cellulaires) qui est prépondérante, en raison de la large quantité de données à recevoir pour le streaming.

  • Autrement dit, ce n’est pas forcément la faute des datacenters…mais plutôt celles de nos usages sans fil (données mobiles en particulier), et de notre appétit de très haute définition. Et si, plutôt que de nous désabonner de Netflix, nous limitions manuellement la qualité des vidéos que nous regardons en streaming? Et réapprenions à réserver la très haute définition à d’autres médiums (DVDs, blu-ray)…

Note: Les calculs exposés dans cette opinion n’ont pas vocation à être exacts à la virgule près, mais à estimer des ordres de grandeur, selon des hypothèses précisées autant que possibles.

Seule l’énergie consommée pour le fonctionnement des appareils a ici été prise en compte, l’énergie grise utilisée pour leur fabrication et leur recyclage ayant volontairement été écartée de cette analyse à des fins de clarté.

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Lire notre article consacré à l'impact climatique des vidéos en ligne
et retrouver les données de The Shift Project utilisées pour ces calculs

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