Le biochimiste Thabiso Zikalala analyse des échantillons de selles prélevées dans les latrines d’un bidonville de Durban où sont testées de nouvelles toilettes | Arnaud Robert
La révolution des toilettes | épisode № 19

Ce sont les familles pauvres des bidonvilles de Durban qui testent vos futures toilettes

Où l’on comprend que les ingénieurs du monde entier ne peuvent analyser les matières fécales des Sud-Africains sans prendre certaines pincettes, eu égard à l’histoire politique du pays. Mais la pauvreté et la criminalité font aussi partie de l’équation scientifique.

De l’extérieur, ce sont des bouts de tôle, des rebuts de bois et de carton, qui ne tiennent ensemble que par la force de la gravité contrariée. Sur cette colline à pic, on trouve à peine l’espace de se faufiler entre les cabanes où vivent 200 voire 300 familles, comme suspendues au-dessus du vide. La chaleur est asphyxiante. Sur la butte opposée, on voit les larges demeures patriciennes, calfeutrées derrière des palissades de béton et de barbelés. Les inégalités ne sont pas nécessairement plus profondes à Durban qu’ailleurs; seulement, les proximités agissent ici de la même manière qu’un produit de contraste lors de rayons X. Tout se révèle: les tumeurs hurlent.

Nelson me conduit chez lui. Il vit dans une bicoque à côté de celle de sa sœur. Elle a collé deux autocollants sur sa porte, le premier indique le numéro d’une ligne d’urgence, le second les coordonnées d’une église avec un slogan à moitié déchiré: «Jesus is my strength» (Jésus est ma force). La chambre de Nelson est d’une propreté effarante. Le sol est recouvert de moquette comme on en trouve dans les bureaux d’assureur, il y a d’ailleurs une chaise à roulettes au fond. Juste devant la porte, il a posé un carré de linoléum plastifié avec effet carrelage, pour ne pas tremper le tapis par temps de pluie.

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