| Idées

Après le confinement, le tango de la coiffeuse

Géraldine Savary

Toutes les deux semaines, Géraldine Savary contribue à Heidi.news au travers d’une rencontre afin de dessiner, article après article, une constellation de personnalités dont le tracé serait totalement subjectif, aléatoire et transparent. Retrouvez toutes ses chroniques ici

En 1895, l’explorateur norvégien Fridtjof Nansen passe son troisième hivernage sur une île de l’archipel François-Joseph. Bloqué de septembre à juin dans une hutte de pierre, encerclé par les ours, il en connaît un rayon sur les conséquences du confinement. Il écrit: «L’eau n’ayant aucun effet sur la graisse et n’ayant aucun savon, il nous était impossible de nous débarrasser de la crasse huileuse qui recouvrait notre corps et ce qui restait de nos vêtements. La seule solution consistait à la gratter avec un couteau. (…) Nous étions couverts d’une longue chevelure et d’une barbe hirsute. Tout notre système pileux était, comme notre peau, noir comme du charbon.»

Nous n’en sommes pas là. Mais la fermeture pendant deux mois des salons de coiffure a pesé sur notre quotidien. La liberté se mesure parfois simplement à fendre les villes, les cheveux soyeux voletant dans le vent. Comme un hommage à celles et ceux qui nous ont tant manqué, j’ai voulu rencontrer ma coiffeuse. Comment a-t-elle vécu la cessation brutale de son activité? Quel en fut l’impact sur sa vie, et comment s’est passé le retour au travail?

Ma coiffeuse s’appelle Marion. Marion Savary. Nous n’avons aucun lien de parenté, et je n’ai découvert son nom de famille que récemment, bien que je sois sa cliente depuis plus de huit ans. Parce que dans les salons de coiffure, les coiffeuses n’ont pas de nom, juste un prénom. Elles savent tout de nous, et nous presque rien de ce qu’elles sont.

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