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Ruée sur les ingénieurs en cybersécurité et en data science

Les ingénieurs ont plus que jamais le vent en poupe. En particulier dans les domaines très porteurs de la cybersécurité et de la science des données (data science). Une aubaine pour les jeunes issus notamment des rangs de l’EPFL. Ils étaient nombreux à arpenter les allées du SwissTech Convention Center, à la rencontre des quelque 160 entreprises présentes lors des journées du Forum EPFL qui leur étaient consacrées, les jeudi 7 et vendredi 8 octobre.

Un contexte porteur. Pour répondre aux nouveaux besoins des entreprises, confrontées à des mutations technologiques importantes et à leur transformation numérique, la demande d’ingénieurs s’est considérablement accrue ces dernières années. Philippe Ory, responsable du centre de carrière de l’EPFL:

«Il y a en Suisse un manque important d’ingénieurs. Et même en cas de crise, la demande pour ces profils reste forte. Après un léger gel des embauches entre mars 2020 et juillet 2020, suite à la pandémie, il n’y a plus aucun problème de recrutement depuis fin 2020»

Les domaines qui séduisent le plus les entreprises aujourd’hui? Philippe Ory:

«Tout ce qui touche à l’informatique, et plus précisément à l’intelligence artificielle, à la sécurité informatique (cybersécurité), aux sciences des données (data science), à la technologie de la blockchain, et à l’ingénierie financière.»

Des besoins dans tous les secteurs d’activité. Jérôme est étudiant en première année de master en cybersécurité à l’EPFL. S’il est présent au Forum de recrutement, c’est en curieux, pour commencer à avoir une idée du stage qu’il devra faire dans quelques mois. Et il est surpris de constater que sa formation lui ouvre des portes qu’il ne pensait pas pouvoir pousser:

«La banque privée Lombard Odier m’a dit qu’elle cherchait des profils en cybersécurité. Je ne m’y attendais pas, cela ouvre des horizons».

Nouveaux produits financiers, sécurité bancaire, suivi des transactions …. Dans les banques, l’expertise des ingénieurs est en effet de plus en plus recherchée. Une personne en charge du recrutement des jeunes au sein d’un grand établissement bancaire suisse spécialisé dans la gestion de fortune et d’actifs:

«Quand on pense à notre secteur d’activité, la banque, on ne sait pas toujours que nous sommes ouverts à des profils très variés, dans la cybersécurité ou l’analyse des données par exemple»

Et d’ajouter: «Nous sommes l’un des premiers recruteurs d’informaticiens du canton de Genève».

Même son de cloche au sein du cabinet d’audit et de conseil PwC:

«Nous recherchons de nombreux profils en cybersécurité, dans les data sciences, en informatique.»

De fait, une récente étude menée par PwC souligne que 93% des dirigeants suisses sont préoccupés par les cybermenaces et 43% d’entre eux (26% un an plus tôt) entrevoient dans les cyber-risques l’une des plus grandes menaces pour leur croissance.

Une place stratégique. Du côté des grands groupes, les spécialistes de la science des données occupent également une place de plus en plus stratégique. Ce métier est devenu essentiel pour définir une stratégie marketing et commerciale, dans la gestion ainsi que l’analyse et l’exploitation des données. «Data scientist, c’est le métier à la mode», indique-t-on chez L’Oréal. Concrètement, dans un monde où la transition numérique a décuplé le nombre d’informations récoltées en permanence, le data scientist est celui qui va rendre toutes ces données interprétables et exploitables par les décideurs. Dans le secteur de la grande consommation, l’analyse des données va par exemple permettre d’obtenir une perception plus fine de la satisfaction des clients. Samuel, étudiant de l’EPFL en master de data sciences:

«Notre rôle est multiple : l’analyse de données permet de tirer des conclusions, d’aider à prendre des décisions, de faire des prévisions et d’aider à comprendre.»

Face à toutes ces entreprises proposant des métiers dans ce domaine, le challenge reste toutefois de trouver celles qui proposeront des choses intéressantes. Or «tout n’est pas toujours digne d’un grand intérêt» estime Samuel.

Une génération conscientisée. S’ils cherchent avant tout un travail intéressant, les jeunes ingénieurs sont de plus en plus en quête de sens. Alex, fraîchement diplômé d’un master en cybersécurité:

«Dans mes recherches, je privilégie les entreprises qui proposent un métier captivant mais aussi qui respectent une certaine éthique»

Pas de doute, les ingénieurs d’aujourd’hui sont portés par la lutte contre le changement climatique, la protection de l’environnement, la diversité, etc. «La génération 2021 est une génération d’ingénieurs éthiques», assure Alex.

Un changement par rapport aux préoccupations principales de ces dernières années. Philippe Ory:

«Auparavant, les étudiants manifestaient le souhait de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Cette tendance est aujourd’hui moins prégnante. Les étudiants expriment surtout à présent le désir d’avoir un travail qui a du sens. C’est une génération conscientisée. Et les métiers d’ingénieurs vont de pair avec cette préoccupation.»