Réinventer l'école: les moments forts du débat de Heidi.news au FIFDH

Serge Michel et les quatre invité.e.s | FIFDH / capture d'écran

L’heure était au bilan samedi 12 mars au Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), après une année de réflexions et de reportages menés par Heidi.news sur le thème «Réinventer l’école». C’est avec un débat que nous avons clos ce chapitre, entre quatre invités: la conseillère d’Etat en charge du DIP à Genève Anne Emery-Torracinta, Sandrine Breithaupt de la HEP Vaud, Anne Thorel Ruegsegger de la Fédération des associations de parents d’élèves genevois, et Fabrice Sourget, directeur du cercle scolaire de Val-de-Ruz. Morceaux choisis.

Regardez la vidéo et retrouvez les moments forts du débat:

Faut-il réinventer l’école, ou pas? C’est la question inaugurale de Serge Michel, co-rédacteur en chef de Heidi.news et modérateur de la discussion.

4’50 Selon Sandrine Breithaupt, professeure associée à la Haute école pédagogique de Vaud, il est urgent de transformer l’école. Selon elle, le rôle de l’école est celui de promouvoir une nouvelle société plutôt que d’en être le reflet: «Il faut une école qui enseigne et applique les valeurs démocratiques, la culture de la paix, une école plus durable où l’évaluation ne doit plus jouer le rôle de tri.»

6’53 Anne Thorel Ruegsegger, secrétaire générale de la Fédération des associations de parents d’élèves de l’enseignement obligatoire, souligne qu’avant d’envisager une transformation du système, «il faut se mettre d’accord sur ce qu’on entend par réinventer». Elle ajoute qu’«il faut réinterroger la structure de l’école et la pression qui est mise sur les enfants et les enseignants, mais surtout améliorer la communication entre l’école et le reste de la société».

Serge Michel: «L’école ne fait pas assez confiance aux parents?» Anne Thorel Ruegsegger: «Il y a une défiance des deux côtés. Les parents sont souvent éloignés du système école.»

11’17 La conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta réagit aux critiques adressées au système genevois: «J’ai l’impression que vous avez une vision très négative de l’école genevoise.» Selon elle, «réinventer l’école est une forme d’utopie […], il y a des résistances terribles quand on veut changer les choses». Et sur les expériences étrangères elle affirme: «On ne peut pas prendre ce qui marche ailleurs et le planter chez nous, car ça ne correspond pas à notre société.»

14’47 Fabrice Sourget, directeur du cercle scolaire de Val-de-Ruz (NE), salue la volonté des autorités politiques neuchâteloises de passer d’un modèle très sélectif à un modèle plus inclusif. Par son expérience, il affirme qu’au niveau primaire, les établissements scolaires et les enseignants ont une bonne marge de manœuvre pour expérimenter des modèles d’enseignement innovants, mais que «le modèle du secondaire est archaïque et tant qu’il y aura le frein de la sélection pour le gymnase, on ne pourra pas passer facilement d’un système formatif à un système différencié».

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Il déplore également le «saucissonnage du savoir», c’est-à-dire une grille scolaire découpée à l’extrême en matières enseignées.

19’07 La Conseillère d’Etat est d’accord sur ce point: «On gonfle de plus en plus les programmes, on rajoute des disciplines, on demande de plus en plus aux enfants. Il faudrait casser ce saucissonnage de la semaine en disciplines et englober plusieurs matières autour d’un projet.» Mais elle met en garde: au niveau fédéral, on va dans le sens inverse, soit vers un système très normé et très coupé.

21’06- 24’32 Extrait vidéo sur le collège Clisthène à Bordeaux

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Des blocages politiques, parentaux ou autres

25’00 Serge Michel: «Tout le monde semble connaître les solutions, mais personne ne peut les mettre en œuvre.»

Sandrine Breithaupt évoque, entre autres, le problème des parents: «On veut le mieux pour son enfant, mais pas pour l’enfant de l’autre.» Alors qu’Anne Thorel Ruegsegger fait remarquer que «les parents ont été mis devant le fait accompli (en ce qui concerne un projet de réforme du primaire dans le canton de Genève), alors que pour la réforme du cycle d’orientation, tout se passe mieux car les parents ont été associés dès le départ du projet».

28’20. Anne Emery-Torracinta revient sur la réforme du cycle d’orientation à Genève et les blocages politiques, en affirmant que «les gens ne font pas confiance aux professionnels de l’école» et souligne que la Suisse est un des rares pays où les enfants sont sélectionnés dès l’âge de 12 ans.

34’00 Fabrice Sourget pense qu’au niveau politique, changer la structure de l’école est très compliqué: «Cela va prendre au moins 20 ans, mais la structure que nous avons maintenant peut être rendue accessible. On peut faire de la différenciation et on peut inclure. Nous n’avons pas besoin d’une révolution, mais on doit juste élargir les contours.»

Remettre l’apprentissage au centre

42’00 Sandrine Breithaupt invite à ne pas se limiter aux discussions autour du bien-être des enfants ou sur leur confort à l’école. Certes, cet aspect est important, mais le but de l’école est d’enseigner. Ce qui importe le plus est le degré d’apprentissage des élèves et l’école doit faire en sorte que n’importe quel enfant puisse bénéficier des connaissances adéquates pour affronter la vie après l’école.

Alors que Fabrice Sourget, grâce à son expérience du Val-De-Ruz, tient à souligner que «nos élèves ne sont ni meilleurs, ni moins bons, mais notre système permet de travailler sur des savoirs transversaux, comme la collaboration, la créativité et l’autonomie. Ce sont des compétences très valorisées aujourd’hui par la société et le marché du travail».

48’12 Extrait vidéo avec Pasi Sahlberg, éducateur finlandais travaillant en Australie qui parle des forces du système éducatif finlandais.

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51’50 Sophie Gaitzsch, journaliste de Heidi.news, revient sur son reportage en Finlande. «Ce qui m’a frappée là-bas c’est la confiance dans le système éducatif de la part de tous les acteurs concernés et de toute la société, alors qu’en Suisse c’est très compliqué de trouver des enseignants qui rêvent d’une autre école et qui acceptent de répondre à nos questions. Souvent, par crainte du jugement de la part de l’école, des collègues ou des parents.»

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53’50 Sur ce propos, Serge Michel précise que la réticence n’est pas forcément du côté des enseignants, mais plutôt d’un système qui fait que la communication des établissements scolaires est contrôlée. Il évoque d’ailleurs un exemple genevois.

À ce moment-là, la Anne Emery-Torracinta fait noter que le débat est à son avis un peu trop orienté, elle déplore «trop d’exemples négatifs sur Genève».

1h04’00 Sandrine Breithaupt aborde l’importance des salaires et la valorisation des enseignants.

1h05’00 Place aux questions de la salle. Comment réduire l’écart entre une école inclusive et un marché du travail compétitif? Comment consacrer du temps à l’expérimentation si les enseignants doivent suivre un programme déjà très exigent en termes de temps et de ressources personnelles? Quelle est la place des jeunes et des élèves dans les discussions autour de l’école?