OPINION - L'Ukraine montre les limites des «valeurs» de l'Ecole internationale de Genève

Après le début de la guerre en Ukraine, un élève de 17 ans de l'Ecole Internationale de Genève, préoccupé, a publié cette tribune sur le média en ligne de son école. Il souhaitait réagir à la communication faite par celle-ci en réaction aux événements. Le texte a été relu par la direction, qui a autorisé sa publication, saluant la qualité de l'argumentaire et souhaitant laisser l'occasion à tous de s'exprimer. Une opinion qui permet en effet de s'interroger sur le rôle des écoles, privées en particulier, face à cette actualité.

L’Ecolint a raison de célébrer ses racines internationales et ses liens avec l'ONU, mais son silence concernant l'invasion illégale de l'Ukraine par la Russie est une honte et sape les valeurs internationales que l’école prétend défendre.

Le jeudi 24 février, le dirigeant de la Fédération de Russie a envoyé des forces armées pour envahir l’Ukraine. Depuis lors, la condamnation internationale a été rapide. Six jours à peine après l'invasion, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution ES-11/1 qui condamne l'invasion de l'Ukraine par la Russie et exige le retrait total des forces russes du pays. La résolution a été adoptée par 141 pays qui ont voté en sa faveur, une démonstration résolue de l'unité internationale face à une attaque injustifiable contre une nation souveraine.

Pas de mention du mot «guerre»

Par contre, au cours des mêmes six jours, la réponse de l'Ecolint a été terne, tiède et, au mieux, inadéquate. Le 25 février, le Dr Hawley, directeur général de l’Ecolint, a envoyé une lettre au personnel concernant le «conflit en Europe de l'Est». Dans cette lettre, tout usage des mots «invasion», «guerre» ou «agression» est volontairement omis et il n'y a aucune mention des pays concernés. Au lieu de cela, la lettre demande aux enseignants d'indiquer clairement que «les signes et les symboles [concernant toute opposition ou tout soutien à l'invasion] n'ont pas leur place à l'école».

Le 4 mars (huit jours après l'invasion), la directrice du lycée La Châtaigneraie, Soraya Sayed Hassen, a une fois de plus omis de dire que l'Etat russe était responsable de cette invasion dans un communiqué adressé à l'école. Au lieu de cela, le mot «conflit» a été utilisé, ce qui minimise activement la gravité de la situation et suggère qu'il s'agit d'un problème des deux côtés, avec une Ukraine étant tout autant responsable que la Russie de sa propre invasion.

Ces messages sont en contradiction directe avec les valeurs internationales que l'Ecolint expose dans sa charte, dans ses déclarations directrices et dans son énoncé de mission. Dans ces documents, l'Ecolint proclame fièrement qu'elle «éduque les étudiants à devenir des citoyens du monde ayant le courage et la capacité de créer ensemble un avenir juste et heureux». Elle s'engage également à «combattre toutes les formes d'oppression» et à promouvoir «une éducation à la paix». Enfin, elle souligne l'importance de «développer l'autonomie, l'agence et la défense de ses propres intérêts».

Des «valeurs vides»

Ces extraits soulignent l'hypocrisie de l’Ecolint et la divergence entre ses actions et ses «valeurs» vides. Si l'Ecolint croyait vraiment à la lutte contre toutes les formes d'oppression dans la création d'un «lendemain juste» et dans la promotion de la paix, elle condamnerait la nature injuste, hostile et oppressive de l'invasion russe. De plus, l’interdiction de tout signe ou symbole d'opposition ou de soutien à l'Ukraine ou à la Russie limite sévèrement la capacité des élèves à exprimer leurs opinions et leur capacité à défendre leurs croyances, une violation claire de l'un des principes directeurs de l'école.

En tant qu'élèves et membres du personnel de cette école, je pense que nous devrions demander à la fondation Ecolint de reconsidérer son silence. Nous devrions attendre de notre école, qui vante souvent ses liens avec l'ONU et la Société des Nations, qu'elle soit capable d'exprimer son soutien à l'ordre mondial fondé sur des règles, auquel elle doit son existence.

Dans cette optique, la fondation Ecolint devrait explicitement appeler les actions de l'Etat russe en Ukraine comme ce qu'elles sont: une invasion illégale et illégitime d'une nation souveraine.

Si l'Ecolint refuse de le faire et choisit de continuer à ignorer les développements internationaux inconfortables, cela confirmerait ce que beaucoup soupçonnent déjà: que les valeurs déclarées de l'Ecolint ne sont rien de plus que des mots vides utilisés pour «vendre» une école dont le seul véritable engagement est son bénéfice financier.

Traduit de l’anglais.

link

Lire le texte original