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Covid et école: «Je me suis sentie plus proche des parents»

Le port du masque est particulièrement pénible dans les métiers où il s'agit de beaucoup parler, comme l'enseignement (image d'illustration). | Keystone / Laurent Gilliéron

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Gabrielle* est enseignante en division élémentaire (1P-4P) d’une école primaire genevoise. Comme tous ses collègues, elle s’apprête à clore une deuxième année scolaire marquée par le Covid-19. Alors que tout le monde espère que l’exercice 2021/2022 sera celui d’un retour à la normale, elle explique pour Heidi.news comment elle a personnellement et professionnellement vécu cette période de crise.

«Ces deux années ont été mémorables. Particulièrement en mars 2020, avec l’annonce de la fermeture des écoles et le passage à l’enseignement à distance.

Le plus marquant a peut-être été le changement dans mes rapports avec les parents. Je me suis sentie plus proche d’eux, peut-être parce qu’au début, j’avais presque pour seule consigne de maintenir le lien. Alors j’appelais tous mes élèves et leurs parents une fois par semaine, j’entrais dans leur intimité. Et nous vivions tous la même situation extraordinaire. C’était plus humain. Nous ne parlions plus de l’école mais de ce que nous traversions. Ca m’a finalement beaucoup apporté. Et, vivant seule, cela m’a également portée, m’obligeant à m’habiller, à me maquiller. Je me suis totalement investie dans ce travail à distance, parce que je pouvais le faire, contrairement à des collègues qui devaient s’occuper de leurs propres enfants à la maison.

Je ne sais pas si cette expérience m’a changée en tant qu’enseignante, mais j’ai appris à lâcher prise. J’ai appris à accepter le fait que, si l’école est importante, elle n’est pas tout non plus, et que si les élèves devaient manquer deux mois sur l’ensemble de leur cursus, ils s’en relèveraient. Durant le premier confinement, j’ai ressenti que mon métier était valorisé, que les gens se rendaient compte de ce que cela demande d’enseigner. Qu’il ne suffit pas de savoir lire et calculer pour apprendre ces notions aux enfants. Qu’il faut avoir de la patience, de la méthode et les outils pour aider les élèves quand ils sont en difficulté.

Le plus dur a été le flou du départ. En l’absence de consignes précises, je me demandais comment j’allais faire au plus juste. A l’école, c’est parti dans tous les sens puisque chaque enseignant faisait comme il le sentait pendant les deux premières semaines. Et moi j’étais seule dans mon degré. J’étais perdue. Et les parents me mettaient sous pression, me demandant des activités, ne serait-ce que pour occuper les élèves. Ils avaient tous des attentes très différentes. Mais attention: je ne critique pas le DIP pour sa gestion du début de crise! Au contraire, j’estime qu’il nous a fait confiance.

Cette crise Covid a mis en lumière les inégalités entre les élèves, dont j’avais déjà bien conscience. Je me demandais tout le temps comment j’allais faire avec certaines familles, celles qui ne sont pas en mesure d’aider les enfants, ne parlent pas français ou n’ont pas d’ordinateur. A la réouverture, en juin 2020, le climat était anxiogène. Puis la difficulté de la rentrée d’août a été d’assimiler les nombreux protocoles sanitaires. J’ai trouvé ça très dur, toutes ces instructions qui changeaient quand il y avait un symptôme dans la classe. Et le masque… Ca aussi, même si on s’habitue à tout, c’est très dur. J’en ai marre que les enfants ne puissent pas voir mon visage et je fais un métier où on parle tout le temps. J’ai l’impression qu’on m’entend moins, qu’on m’écoute moins, qu’on me voit moins.

J’ai reçu il y a peu un masque transparent et mes élèves m’ont dit surpris: “Mais, on voit ta bouche!” Ils ne l’avaient jamais vue en une année. Là, on sent qu’on va vers le mieux et ça fait du bien. Les échanges entre adultes m’ont aussi beaucoup manqué. Là, on a pu faire une séance avec tout le monde en présentiel, ça change tout! Ce sont ces moments qui créent les liens d’une équipe.»

*prénom d’emprunt

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.