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OPINION - Après le travail, la retraite

Johanna Gapany

La Fribourgeoise Johanna Gapany est conseillère aux Etats (PLR). Alors que le parlement a adopté ce mercredi 15 décembre la réforme AVS21 et que LPP21, la réforme de la prévoyance professionnelle, est toujours entre les mains de ce dernier, elle livre son point de vue sur la nécessité et l'urgence d'agir.

«J’ai commencé à travailler à 16 ans et désormais retraité, je dois compter sur l’aide sociale, vous trouvez cela normal?» «Moi j’ai 20 ans et la retraite, je ne suis même pas sûre de pouvoir en profiter.»

Deux exemples d’échange avec des citoyennes et citoyens. Le genre de témoignages qui se fait malheureusement de moins en moins rare. Entre désillusion et perte de confiance, les réformes de l’AVS et du 2e pilier sont non seulement nécessaires mais urgentes.

Entre ceux qui préféreraient organiser leur retraite par eux-mêmes et ceux qui veulent fusionner le premier et le deuxième pilier pour en faire une caisse étatique, à nous de jouer pour construire un système à la hauteur des attentes, à la hauteur des besoins.

Une société en mouvement. L’équation n’a rien de simple d’un point de vue financer, avec une augmentation de l’espérance de vie et un déficit de 1,17 milliard en 2019 au niveau de l’AVS. Elle n’a rien de simple non plus au niveau du 2e pilier, avec un monde professionnel et familial de plus en plus flexible et l’extension des temps partiels.

Renforcer les retraites. Alors que la réforme de l’AVS a été mise sous toit par le Parlement, avec l’alignement de l’âge de la retraite entre les hommes et les femmes, les mesures de compensation pour les femmes de la génération transitoire, la flexibilisation entre 62 et 70 ans et l’augmentation de la TVA, c’est désormais la réforme du 2e pilier qui va être prise en main par la commission de la santé et des assurances sociales du Conseil des Etats. L’une comme l’autre sont un moyen de renforcer les retraites et d’adapter le système aux évolutions qu’a connues notre société.

Une réalité différente de celle souvent dépeinte. La place des femmes dans le monde du travail en est une et on ne peut pas débattre des retraites sans tenir compte des inégalités qui ont longtemps pénalisé les femmes dans le monde professionnel et qui se ressentent au niveau des retraites. La réalité n’est toutefois pas aussi claire qu’elle est souvent dépeinte et il est important de connaître les chiffres pour agir là où c’est nécessaire. Au niveau de l’AVS, les hommes sont plus nombreux que les femmes à cotiser (54% contre 46%) et la part des hommes dans la somme des revenus est de 66% contre 34% pour les femmes. De plus, les femmes perçoivent sensiblement plus que les hommes (55%), en raison d’une espérance de vie plus longue, un âge de la retraite plus avancé, et notamment des rentes de veufs/veuves dont les conditions sont plus favorables pour les femmes.

Là où les femmes gagnent moins que les hommes, c'est au niveau du 2e pilier (LPP). Ce dernier étant basé sur les cotisations que la personne paie durant ses années de vie professionnelle, les femmes qui ont travaillé ou travaillent à temps partiel, comme celles qui auraient arrêté de travailler durant quelques années, ont des capitaux moins élevés que les hommes. La conséquence d’un choix personnel? Pas toujours! L’éducation des enfants, les tâches familiales, un accès difficile à certains postes qualifiés durant longtemps sont certaines des causes de ce déséquilibre. A peine 50 ans après l’obtention du droit de vote des femmes, il n’est pas question d’ignorer cette réalité récente, ni de cimenter ces modèles et d’empêcher l’évolution.

Des différences héritées du passé. Alors comment tenir compte de ce passé, tout en dessinant l’avenir? D’aucuns proposaient un traitement commun pour compenser ces différences découlant d’inégalités passées. C’est pourtant en les traitant séparément qu’on peut prévoir des mesures ciblées et durables pour consolider ces deux systèmes et en faire de véritables piliers de la prévoyance vieillesse.

Nous voilà désormais à l’aube de traiter la réforme du 2e pilier dans la commission du Conseil des Etats, avec des questions ouvertes. Une amélioration des rentes passera par un abaissement de l’âge de cotisation, une adaptation des règles qui déterminent le salaire coordonné, des mesures d’informations et de sensibilisation pour les travailleurs, et pourquoi pas un taux de cotisation unique accompagné de mesures facilitant la transition?

A ces questions viendront bientôt des réponses et je travaillerai avec toujours cette même volonté: celle de faire de la prévoyance non pas une désillusion ou un rêve, mais un système simple à comprendre qu’on construit tout au long de notre vie professionnelle pour en profiter une fois la retraite atteinte.

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