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8 conseils pour parler du réchauffement climatique aux enfants

Image d'illustration | Pixabay / Artistlike

Comment parler de l’état de la planète à nos enfants? Lundi, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) a rendu un rapport inquiétant: catastrophes naturelles plus fréquentes, impossibilité d’atteindre les objectifs fixés pour freiner le réchauffement de la planète… Des constats dressés pour un monde de demain qui brûle déjà.

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Pourquoi il faut aborder le sujet. Laelia Benoit est pédopsychiatre et chercheuse. A l’Université de Yale, aux Etats-Unis, elle mène une étude sur les émotions et les actions des enfants dans le contexte de la crise climatique. De ses recherches avec des jeunes entre 6 et 19 ans, elle tire un constat très clair:

«Il est crucial de parler du réchauffement et de la crise climatique aux enfants. Même si c’est difficile, et même s’ils sont petits. Car en réalité, ils vont en entendre parler à l’extérieur du foyer, et d’une façon qui peut être très alarmiste. S’il n’y a pas de discours formulé par les parents, les enfants vont croire que c’est tabou et rester seuls avec un sujet qui, par essence, est angoissant.»

Face aux images de catastrophes naturelles et aux discours inquiétants, les enfants se questionnent. Ils le font à leur manière et avec des interrogations auxquelles il n’est pas toujours facile de répondre.

Voici donc quelques pistes, suggérées et expliquées par Laelia Benoit, pour aborder la crise climatique de façon non anxiogène avec les plus jeunes.

1. Etre sincère

«On peut être franc avec les enfants et expliquer que le climat est un problème pour lequel les adultes sont inquiets. L’important, c’est de pouvoir dire à son enfant qu’on s’en occupe. Il faut lui montrer qu’en tant qu’adulte, on fait notre part des choses.»

2. Trouver des mots et des exemples adaptés

«Il faut prendre en compte l’âge de l’enfant et trouver des mots comme des exemples adaptés. On laisse tomber les chiffres et les statistiques qui sont bien trop abstraits! Il faut privilégier les exemples concrets. Pour ça, pas besoin de faire compliqué. Avec un enfant plus jeune, on peut par exemple dire que la planète a trop chaud et qu’il faut la refroidir. Puis, on pourra expliquer que pour la refroidir, on met en place plein de petites choses très simples, comme éteindre la lumière pour consommer moins d’énergie ou prendre le vélo pour parcourir des courtes distances.»

3. Agir avec l’enfant

«Les enfants sont empathiques. Si quelque chose leur semble aller mal, ils ont envie d’agir et d’aider: que ce soit la planète, un animal ou encore une autre personne. Alors on peut s’engager avec eux, pour qu’ils se sentent acteurs.

On peut leur expliquer les petits gestes écologiques du quotidien, qu’ils peuvent réaliser seuls ou accompagnés: planter un légume, mettre un compost dans la maison, ne pas gaspiller un aliment, etc. Toutes ces activités leur font du bien. Si on discute avec eux, il seront en mesure de voir qu’elles s’inscrivent dans une démarche d’aide à l’environnement qui les entoure.»

4. En faire une affaire de famille

«Les parents peuvent expliquer les grandes démarches ou décisions écologiques à leur enfant. Il s’agit de l’inclure et de discuter en famille de ces questions. Par exemple, on peut prendre le temps de se réunir pour expliquer à son enfant que cet été, on a choisi de partir en train plutôt qu’en avion. Ceci pour, justement, préserver la planète.

En réalité, il faut mettre des sous-titres aux enfants et expliquer dans quel but les adultes réalisent tel ou tel acte. C'est aussi l'occasion de leur apprendre la tolérance: prendre le temps de réfléchir à nos choix est une chance et il ne faut pas juger les familles qui font des choix différents.»

5. Sensibiliser à la nature

«Les enfants sont capables de réaliser qu’ils font partie d’un tout plus grand. Les adultes peuvent ainsi leur expliquer qu’ils habitent une planète dont ils doivent prendre soin. Afin d’encourager cette prise de conscience, on peut les aider à mettre la nature au cœur de leurs valeurs.

Pour y parvenir, il faut les mettre au contact de celle-ci: aller faire des balades en forêt, dans un endroit sauvage, ou organiser des jeux dans des espaces verts.»

6. Ecouter les craintes

«Il faut entendre toutes les craintes des enfants. Il est crucial de les prendre au sérieux et d’écouter leurs inquiétudes, qu’elles soient justifiées ou non. L’important, c’est d’ouvrir un dialogue et de leur montrer que leur parole a un poids. En parlant de son inquiétude à un adulte qui l’écoute, un enfant ne sera plus seul — mais accompagné et rassuré.»

7. Aider à la formation d’une pensée scientifique

«Il est important de donner les bases d’une pensée scientifique à son enfant. Pour ce faire, on peut par exemple aller chercher et vérifier l’information avec lui. On peut se rendre avec lui sur internet pour chercher un dessin — ou tout autre contenu éducatif adapté — qui montre par exemple que la planète a trop chaud.

Dès l’âge de 9 ans, on peut également expliquer comment et pourquoi il est nécessaire de parfois vérifier les informations. Il s‘agit de les sensibiliser à des enjeux très contemporains, comme le fait que beaucoup de fake news circulent, et de les rendre peu à peu capables d’identifier les informations qui sont douteuses.»

8. Ne pas rester seul

«En tant qu’adultes ou parents, on n’est pas obligés de tout mettre en place d’un coup. C’est parfois difficile de trouver suffisamment de temps. Au final, ce qui est crucial, c’est de ne pas rester seul — surtout si l’on peine à aborder ce sujet.

On peut contacter une association près de chez soi qui œuvre pour le climat ou qui propose des activités collectives sur le sujet aux enfants. On peut aussi en discuter avec d’autres adultes, en allant par exemple chercher un groupe de parents sur internet, où l’on pourra partager ses expériences ou formuler ses questions.»

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.