Manger durable en 2030? «C’est une question de marché, aussi», élude Guy Parmelin

Le Conseiller fédéral Guy Parmelin pendant le Sommet suisse sur le système alimentaire, le 2 février 2023, à Berne. Keystone / Peter Klaunzer

Le conseiller fédéral s'est vu remettre à Berne une liste de mesures élaborées par des citoyens et des scientifiques pour rendre l'alimentation de demain durable. Que retient-il de leurs propositions? Nous lui avons demandé.

Le 2 février à Berne, l’assemblée citoyenne et le comité scientifique d’Avenir alimentation Suisse ont remis leurs recommandations pour rendre l’alimentation suisse saine et durable en 2030. L’aboutissement de six mois de travail remis en mains propres à Guy Parmelin, pour le symbole, lors du Sommet suisse sur le système alimentaire.

Dans son discours inaugural, le conseiller fédéral — et vigneron vaudois — en charge de l’économie a remercié l’effort et la motivation des deux parties prenantes, et rappelé les engagements pris par la Confédération en matière de lutte contre le changement climatique et le gaspillage alimentaire.

Mais au-delà des discours, que retient-il des mesures présentées? Nous lui avons posé la question, au débotté.

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Heidi.news — Des scientifiques et des citoyens appellent de leurs vœux à plus d’effort, avec des mesures complémentaires. Lesquelles retenez-vous en particulier?

Guy Parmelin — On peut convaincre les citoyens avec des incitations positives, en montrant concrètement ce que ça amène. On l’a vu plusieurs fois, les interdictions suscitent le rejet et le blocage, de même que les taxes. Mais une fois que le citoyen est convaincu que c’est la bonne voie, il change son comportement et tout devient plus facile.

Cela ne concerne pas seulement l’agriculture, mais dans ce secteur, il est clair que si tout à coup le citoyen privilégie ceci ou cela plutôt qu’autre chose, le producteur va produire ce que le consommateur veut. C’est une question de marché aussi.

Parmi les mesures urgentes et efficaces, il y a le fait d'inciter les exploitations agricoles à se reconvertir, et repenser la formation des métiers dans la chaîne alimentaire. Ces actions vous parlent-elles?

De tout temps, la politique agricole a évolué. A la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, il fallait absolument assurer la sécurité alimentaire. Le sujet a à nouveau gagné en priorité avec la guerre en Ukraine. J’ai l’habitude de dire que s’il y a un problème à la frontière, on mange un jour sur deux dans ce pays, mais c’est plus compliqué que cela. Ce sont des aspects qui vont évoluer, mais la question est: maintenant, comment on va le faire?

J’ai noté avec intérêt la proposition d’un fonds de transformation qui devrait être alimenté avec un milliard au début, puis avec des taxes. Posez la question à Madame Keller-Sutter (en charge des finances, ndlr.) qui est en train d’essayer d’assainir le budget avec 1,5 à 2 milliards de déficit, sur comment elle va accueillir un nouveau fonds. Rien que ça. Et puis au niveau du Parlement, cela signifie qu’il faudra apporter des moyens supplémentaires et peut-être couper dans d’autres secteurs. Ces questions s’inscrivent dans un temps politique.

Les objectifs de développement durable sont à atteindre en 2030, donc il faudra tout de même agir rapidement…

Oui, le Conseil fédéral en a conscience, ce n’est pas facile et il a déjà commencé, mais je pense qu’on a aussi anticipé peut-être davantage que d’autres pays, qui sont plutôt exportateurs et donc maintenant dans une confrontation claire. Bon, ils n’ont pas les droits populaires et ne peuvent pas avoir ce type de débats avec les citoyens, mais vous avez raison, ça va aller vite.

Néanmoins, vous ne pouvez pas non plus être sage tout seul. Parce que sinon, vous allez encourager le tourisme d’achat. Si nous sommes les seuls à mettre en place des blocages ou des interdictions, si les consommateurs ne veulent pas changer, ils iront acheter de l’autre côté de la frontière.

Et concernant les hausses des droits de douane sur les produits d’origine animale ou d’engrais minéraux, évoqués?

Ca c’est un autre problème, et il ne faut pas oublier qu’il y a une organisation qui s’appelle l’Organisation mondiale du commerce qui met certaines restrictions. Mais il y a déjà des possibilités, effectivement.