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Premier vaccin pour les abeilles: «Il ne faut pas éveiller trop d’espoir pour les apiculteurs»

Des abeilles sur le cadre d'une ruche, à Zurich, le 28 juillet 2022. | Keystone / Gaetan Bally

Les Etats-Unis viennent d'autoriser le tout premier vaccin pour abeilles au monde. Quelle est la portée de cette décision? On en parle avec Jean-Daniel Charrière, responsable du Centre de recherche apicole, à l'Agroscope.

C’est une première mondiale. Le 4 janvier 2023, le ministère de l’Agriculture des Etats-Unis a autorisé l’usage du tout premier vaccin pour abeilles, de la firme Dalan. Pendant deux ans, il sera testé à grande échelle afin d’évaluer son efficacité contre la loque américaine. Une maladie bactérienne grave, présente dans le monde entier, qui s’attaque aux larves des abeilles productrices de miel et entraîne en général le décès de la colonie.

Que peut-on attendre de ce vaccin? Quels champs de connaissances ouvre-t-il sur la santé de l’abeille? Éléments de réponses avec Jean-Daniel Charrière, responsable du Centre de recherche apicole de Liebefeld de l’Agroscope, près de Berne.

Heidi.news — Comment avez-vous réagi à l’annonce de l’autorisation de ce tout premier vaccin pour abeilles?

Jean-Daniel Charrière — Mon premier sentiment fut d’avoir trouvé cela prématuré, mais j’ai remarqué, après y avoir regardé de plus près, qu’il s’agit d’une autorisation provisoire, qui permet de démarrer des essais de terrain. Une commercialisation me semblerait un petit peu prématurée.

Un vaccin très attendu

Les trois quarts des cultures mondiales nécessitent une pollinisation par les insectes, au premier rang desquels les abeilles. Ces dernières font face à un «syndrome d’effondrement des colonies», alimenté par les parasites et insecticides, mais aussi les virus et bactéries… contre lesquels il n’existait encore aucune solution.

La vaccination contre la loque américaine consiste à inoculer des souches inactivées de la bactérie pathogène (Paenibacillus larvae) à une reine — via la gelée royale, seule nourriture de Sa Majesté. Elle développe alors une résistance qu’elle transmet ensuite à sa descendance, c’est-à-dire l’ensemble des abeilles de la colonie. La protection ainsi conférée serait de l’ordre de 50%.

Pourquoi prématurée?

L’autorisation provisoire repose sur une étude menée (avec Dalan Animal Health, ndlr.) en Autriche et en Espagne, publiée en 2022. Elle démontre que des larves semblent acquérir, avec le vaccin de la reine, une protection contre la loque américaine. Mais je ne me baserais pas sur une seule étude comme celle-ci pour lancer un produit. L’essai mis en place repose sur un nombre relativement restreint de colonies. Au début de l’expérience, les chercheurs ont utilisé beaucoup de colonies d’abeilles, mais la plupart d’entre elles sont mortes.

Cette mortalité importante ne semble pas liée au vaccin – quand on travaille avec des abeilles, il arrive souvent de perdre des colonies. Mais finalement, les résultats du site espagnol, par exemple, reposent sur trois reines traitées par placebo, et deux reines qui ont reçu le vaccin. Ils arrivent à une réduction de 50% de la sensibilité des larves à la loque américaine. Ce sont des résultats intéressants, mais qui demandent à être confirmés par d’autres études.

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