Observatoire de l'alimentation en Egypte: le prix des œufs a bondi de 56% depuis juin

Des denrées alimentaires de base dans un supermarché du Caire, le 11 juin 2022. | Mohamed Arsi pour Heidi.news

Après son observatoire des prix de l’alimentation en Suisse, Heidi.news lance une démarche similaire en Afrique du Nord, plus précisément en Egypte. Nous avons sélectionné dix denrées alimentaires de base, accessibles dans un supermarché local du Caire où se rend la classe moyenne.

Pourquoi une telle démarche. Pour subvenir aux besoins de sa population, l’Egypte importe massivement du blé (13 millions de tonnes en 2021), en particulier de l’Ukraine et de la Russie, à hauteur de 75% à 80%. Rappelons aussi que près d’un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, et que l’alimentation pèse pour près de moitié dans le budget des ménages.

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Nos correspondants ont effectué depuis le 11 juin des pointages réguliers de produits entrant dans l’alimentation quotidienne des Egyptiens. Depuis, plusieurs denrées de base ont vu leur prix inchangé: c’est le cas de la farine, du sucre, des oignons. Les tomates sont même devenues plus abordables sur la même période. Le prix du riz enregistre quant à lui une chute importante dans notre dernier relevé, qui s’explique par le fait que la marque habituellement relevée a momentanément disparu des rayons. Notre correspondante avait déjà dû se reporter début septembre sur d’autres marques équivalentes, voire écluser plusieurs supermarchés avant de mettre la main sur une bouteille d’huile de tournesol.

D’autres aliments tels que les pâtes et le lait sont devenus légèrement plus onéreux depuis juin. Les Cairotes doivent en revanche plus mettre la main au portefeuille pour l’huile de tournesol – plus 14% – et, surtout, les œufs – avec 56% d’augmentation. Le poulet affiche quant à lui un prix très volatil, qui a retrouvé son niveau initial.

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Le supermarché où sont relevés les prix pour notre observatoire de l'alimentation, le 11 juin 2022, au Caire. | Mohamed Arsi pour Heidi.news

Des difficultés pour se nourrir. Déjà avant l’invasion de la Fédération de Russie en Ukraine, les Egyptiens faisaient face à de grandes difficultés pour se nourrir. C’est en tout cas ce qui ressort d’un sondage du Baromètre arabe, un réseau se décrivant comme «non-partisan», basé à l’Université de Princeton et menant des enquêtes d’opinion au Moyen-Orient et l’Afrique du Nord depuis 2006. L’organisme a effectué des entretiens en face à face avec un échantillon de 1800 à 2400 Egyptiens considéré comme représentatif – menés entre fin 2021 et début 2022.

Le rapport publié en septembre met en évidence que 68% des Egyptiens déclarent que l’affirmation «la nourriture achetée n'a pas duré longtemps et nous n'avions pas d'argent pour en acheter plus» est parfois ou souvent vraie – pour 71% des femmes et 65% des hommes interrogés.

Une inflation toujours en hausse. Un tel sondage aujourd’hui ne présenterait probablement guère d’amélioration, avec un taux d’inflation annuel dans les villes au plus haut depuis 2018, rapporte L'Économiste maghrébin, un site d’information économique basé à Tunis.

Le pays doit faire face à une dévaluation de sa monnaie, qui a plongé le 1er août à 19 livres pour un dollar, soit -22% depuis mars 2022, calculait Le Figaro. La monnaie n’étant guère stable, nous avons décidé de présenter les prix de notre observatoire en deux devises: livre égyptienne et dollar américain. Dans le second cas, l’inflation des denrées alimentaires est compensée par la persistante plongée de la livre.

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L’accès au pain, une question sensible. Afin de faire face à une moindre accessibilité du blé panifiable, le pays teste l’usage de patate douce pour élaborer du pain, relatait début juillet Al-Monitor. Des boulangeries sont déjà à l’œuvre, et sèchent des patates douces pour les intégrer à la farine de blé après les avoir réduites en poudre.

Le correspondant au Caire du site d’actualités dédié au Moyen-Orient croyait savoir que le gouvernement visait ainsi à réduire de 10% de ses importations en blé grâce à l’incorporation de patate douce dans le blé.

Fin juin, la Banque mondiale avait indiqué accorder un prêt de 500 millions de dollars au pays, dans le but de soutenir les plus vulnérables dans l’accès aux denrées alimentaires.

Pendant ce temps, dans le monde... Malgré une production mondiale record, la guerre en Ukraine a généré une forte demande (et donc une tension) vis-à-vis du marché du blé. Après des records de cherté en mai – où la tonne avait doublé par rapport à l’année précédente –, les marchés des céréales ont amorcé un repli, confirmé les semaines suivantes, en raison des bonnes prévisions de récoltes annoncées au Canada et en Russie.

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