Les algues, aliment du futur?

Le premier épisode de notre série de vidéos sur l’alimentation, fruit d'une collaboration entre Heidi.news et les étudiants de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL), qui ont librement interprété les sujets. Réalisation: Serhii Tykhoniuk

Quand on parle de l’alimentation du futur, ce sont souvent la viande artificielle ou les insectes qui viennent à l’esprit. Et pourtant, ce sont bien les algues qui pourraient révolutionner nos assiettes, mais aussi nos emballages, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en haut de l’article.

Pourquoi on en parle. Alors que l’impact de notre alimentation sur l’environnement et la santé fait de plus en plus débat, les algues, bien qu’encore méconnues en occident, pourraient être une solution. De plus en plus de chercheurs et de startup s’intéressent aux algues, non seulement pour l’alimentation humaine, mais également celle du bétail (et même pour des épandages agricoles).

D’abord, il faut définir ce qu’est une algue, une question bien plus subtile qu’il n’y paraît. C’est bien un végétal, mais contrairement à une plante terrestre, elle n’a pas de cellules différenciées et n’a pas de racines, bien que certaines aient un crampon pour s’arrimer à la roche. Elle absorbe les nutriments directement par ses frondes ou lames. En fait, elles sont plus proches d’un légume de mer que d’une herbe ou une feuille, et se divisent en trois grandes catégories:

  • les algues vertes – comme la laitue de mer, qui est une des algues les plus consommées en France

  • les algues brunes – comme le kombu qui apporte le goût umami à la soupe miso

  • les algues rouges – comme le nori qui entoure les maki-sushis

Et contrairement à ce que beaucoup pensent, les «algues bleues», comme la spiruline, ne sont pas vraiment des algues, mais des cyanobactéries.

Nourrir la planète. Ce végétal peu amène qui chatouille les pieds quand on se baigne, est-ce vraiment la révolution de l’alimentation? Pas vraiment, en l’Asie, notamment au Japon ou en Corée du Sud, les algues font déjà largement partie de la gastronomie locale. Mais cela pourrait être le cas un peu partout dans le monde: 70% de l’humanité vit à moins de 100 kilomètres des côtes. Il est estimé qu’en cultivant 2% des océans, les besoins en protéine de la planète pourraient être couverts avec les algues.

Bonnes pour la santé… Bien qu’elles ne soient pas toujours appétissantes, les algues apportent beaucoup de bienfaits pour la santé. Elles sont riches en protéines, en oméga-3, en vitamine B12 et en iode. Elles contiennent aussi beaucoup de fibres, et ce sont de bons prébiotiques, des éléments utiles à l’équilibre de notre flore intestinale et donc à notre santé. De plus, de nombreuses molécules provenant des algues sont utilisées en pharmacie et dans la recherche médicale.

... et pour la planète. Comme une plante classique, une algue absorbe le dioxyde de carbone et produit de l’oxygène. Elles participent donc à la diminution des gaz à effet de serre de manière imbattable puisque, selon une étude, elles absorbent trois fois plus de CO2 par hectare que la forêt amazonienne.

Elles peuvent aussi être utiles pour l’alimentation des animaux d’élevage car:

  • elles pourraient remplacer le soja comme protéine et ainsi empêcher la déforestation de l’Amazonie pour sa culture

  • elles améliorent la digestion et donc réduisent les émissions de méthane d’une vache par exemple

  • elles sont aussi utilisables comme emballages alimentaires pour remplacer le plastique. Migros vient d’ailleurs de créer une gamme de dosettes de café emballées dans une membrane à base d’algues.

Encore quelques obstacles. Si les algues accumulent les qualités pour notre alimentation et la préservation de notre planète, il est par contre impératif de développer de l’aquaculture respectueuse de l’environnement et ne pas décimer les stocks naturels.

Une autre barrière, administrative cette fois, ralentit l’arrivée de cette innovation dans nos assiettes. Le marché de l’algue est très développé en Asie, mais, tout comme la production, les homologations en Europe sont encore lentes.

Le dernier obstacle est celui des palais des consommateurs qu’il faudra encore convaincre. De ce côté-là, de plus en plus de chefs commencent à apprivoiser ce légume de mer et son étonnante variété.