Le jour où j’ai découvert que le prix du lait était un casse-tête

Image d'illustration | Keystone / Arno Balzarini

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Sans aucune hésitation, l’article qui m’a le plus marquée en 2022, c’est l’enquête sur le prix du lait et les marges des distributeurs, que j’ai mené avec mon collègue du Temps, Marc Guéniat. Quand les premières informations sur les Laiteries Réunies nous sont parvenues en avril et que je me suis emparée du sujet, j’étais loin de me douter de la complexité du monde dans lequel j’allais passer les deux mois suivants.

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Une masse de donnée énorme. Tout commence avec 140 gigaoctets de données à trier, identifier et vérifier. Nous cherchions à retracer la chaîne de valeur du lait, de la ferme en passant par sa transformation en fromage et jusqu’à la vente d’une tomme suisse dans les rayons de supermarché.

L’idée était de déterminer combien les producteurs de matière première touchent par rapport au prix de vente du produit final. Mais nous nous sommes vite rendus compte que ce n’est pas si simple.

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Rien ne semble plus banal qu’un litre de lait. Cependant, il faut un rapport de 70 pages pour commencer à comprendre comment se forme son prix. Entre des catégories contre-intuitives, de multiples subventions et des retenues diverses, on s’y noie très rapidement.

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Des producteurs à livre ouvert. Ce moment de perplexité a rapidement été éclairé par des gens qui nous ont accordé leur confiance. J’ai été particulièrement touchée par les producteurs qui nous ont ouvert leurs livres de comptes, en toute transparence, et qui ont détaillé leurs coûts de production. Ce faisant, ils ont rendu concrètes ces notions terriblement bureaucratiques. Des fiches de paie du lait opaques qui empêchent de voir à quel tarif le litre est payé, des transformateurs qui rechignent à les expliciter, comme dans le cas du procès d’ELSA, des paiements directs sans lesquels ils ne pourraient pas tourner…

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Plus j’avançais dans l’enquête, plus je me suis rendue compte des aberrations de ce système. Peu de secteurs économiques accepteraient de travailler sans savoir à l’avance combien ils vont être payés. Et pourtant, c'est le cas des producteurs de lait.

À l’autre bout de la chaîne, on retrouve les grandes surfaces, qui font des marges très confortables sur ces produits laitiers suisses, dont le lait est payé au producteur en dessous de son coût de revient.

Cela valait la peine de s’y plonger. Cette grande enquête et les incohérences du système soulevées ont mené au dépôt de deux initiatives parlementaires pour apporter plus de transparence sur la fixation des prix de l’alimentation et rééquilibrer le rapport de force entre agriculteurs et distributeurs,avec la création d’un ombudsman. Elle nous aura également valu le prix des médias pour la Suisse romande remis par l’Union suisse des paysans.

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