Face au réchauffement climatique, l'attrait décuplé pour les «nouveaux OGM»

Des sympathisants soutiennent une manifestation organisée par la "Caravane à velo" contre les OGM le 24 mai 2009 sur l'esplanade de Montbenon a Lausanne. | Keystone / Jean-Christophe Bott

Le changement climatique va-t-il remettre les cultures génétiquement modifiées sur le devant de la scène? Au lendemain d’un été qui a explosé des records de température et de sécheresse, avec des dommages pour le tournesol en Hongrie et l’olive espagnole, les cultures au matériel génétique modelé par l’homme suscitent un regain d’intérêt à l’échelle européenne, rapporte Politico.

Au cours d’une réunion des ministres de l’Agriculture de l’Union européenne en début d’automne, la sélection de variétés plus résistantes aux fluctuations climatiques est ouvertement citée comme levier pour améliorer la sécurité alimentaire. A l’heure actuelle, seule une culture génétiquement modifiée, un maïs résistant à un insecte, est autorisée, au Portugal et en Espagne, rappelle le média américain.

Pourquoi on en parle. Cette tendance dépasse les frontières européennes: au Kenya, la culture et l’importation de maïs génétiquement modifié sont à nouveau autorisées, a révélé l’Agence France-Presse le 3 octobre. Une décision présidentielle qui revient sur une décennie d’interdiction. De plus, l’évolution des techniques de manipulation génétique, et l’explosion de l’usage de CRISPR – qui ne nécessite pas nécessairement l’ajout de matériel génétique étranger –, amène à de nouveaux débats.

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La législation va bouger. Les «nouvelles techniques de sélection» (new genomic techniques en anglais) développées dans les années 2000 doivent-elles relever de la réglementation appliquée aux organismes génétiquement modifiés obtenue par des techniques traditionnelles (OGM)? C’est pour l’instant le cas en Union européenne, après une décision de la Cour de justice en 2018. En pratique, l’autorisation de mise sur le marché à des usages alimentaires nécessite une procédure stricte comprenant, entre autres, une évaluation des risques pour la santé et l’environnement par l’Agence européenne de la sécurité des aliments et un vote de tous les Etats-membres. En revanche, au Japon, des tomates obtenues par technique de CRISPR sont déjà commercialisées.

Mais ce statu quo est peut-être sur le point de changer: la Commission européenne prépare une nouvelle réglementation pour les plantes obtenues par mutagenèse dirigée – c’est-à-dire la genèse d’une mutation précise, par CRISPR par exemple – ou cisgenèse – qui consiste à transférer des gènes entre espèces étroitement apparentées. D’après la Commission, ces deux techniques sont considérées comme «ayant les mêmes risques que les techniques conventionnelles de sélection, dans certains cas». Les propositions de l’institution européenne sont attendues pour le deuxième trimestre de 2023.

Et la Suisse dans tout ça? Rappelons d’abord que la Suisse entretient des relations étroites avec l’UE, réglées par un ensemble d'accords bilatéraux, qui concernent notamment les denrées alimentaires. 74% de ses importations de produits agricoles proviennent ainsi de l’UE.

Depuis 2005 et jusqu’en 2025, un moratoire sur les OGM interdit leur usage dans l’agriculture. Les essais en plein champ à des fins de recherche restent néanmoins autorisés, sous couvert qu’ils s’effectuent dans une aire sécurisée. Sont testées de nouvelles variétés de pomme ou de grandes cultures (blé, pommes de terre), principalement dans le but d’obtenir des résistances fongiques ou bactériennes.

Vis-à-vis des nouvelles techniques de sélection, charge fut donnée au Conseil fédéral de présenter d'ici à la fin du premier semestre 2024 un projet de régime d’homologation des organismes auxquels aucun matériel génétique étranger n’a été ajouté. Les échanges entre pro et anti «nouveaux OGM» promettent d’être vifs, et Heidi.news ne manquera d’y fourrer son nez.

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