DATA - Elevage intensif: qui sont les animaux qui peuplent nos fermes?

Exceptionnellement, nous avons décidé de proposer cet article en accès libre, en vue de la votation sur l’élevage intensif du dimanche 25 septembre. L'information a néanmoins un coût, n'hésitez pas à nous soutenir en vous abonnant.

La vache laitière, peinte d’un rouge vif marqué d’une croix blanche, est l’ambassadrice hors frontières de la Suisse. Et pourtant, s’il fallait choisir une mascotte représentative du nombre d’animaux élevés, il faudrait s’orienter vers… une poule pondeuse, dont la population est 13 fois plus importante. Petit aperçu des deux et quatre pattes qui peuplent notre pays, à moins d’un mois de la votation sur l’élevage intensif.

Pourquoi on peut en parler. Chaque année, l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) édite un rapport agricole qui se veut un panorama des principales tendances dans le secteur agricole. L’Office fédéral de la statistique y tient un suivi des effectifs des animaux de rente qui, comme leur nom l’indique, sont élevés pour leur rentabilité, soit à des fins de production de denrées alimentaires, de peaux, de laine, ou pour d’autres usages agricoles.

Lire aussi: Au fait, c’est quoi un élevage intensif?

Pour le seul mois de janvier 2021, la Suisse comptait 16 millions de têtes d’animaux de rente – deux fois plus que les humains. La grande majorité des élevages correspondent à des exploitations professionnelles, mais certains particuliers entrent aussi en ligne de compte – la possession de poules en est un bon exemple.

La majorité du bestiaire suisse se compose de volailles, devant les bovins et les porcs. Arrivent ensuite les moutons, les chèvres et les chevaux.

Il ne s’agit néanmoins que d’une photographie: l’effectif réel des exploitations varie au fil des mois et les sessions d’abattage. Les éleveurs de volaille reçoivent une nouvelle livraison de poulets d’engraissement tous les deux mois, et tous les trimestres dans le cas des porcs. Ainsi, en 2021, 83 millions d’animaux ont été abattus, dont:

  • 79 millions de volailles (quasiment uniquement des poulets de chair),

  • 2,5 millions de porcs,

  • 600’000 bovins,

  • 280’000 chèvres et moutons.

Vers plus de densité. Une tendance durable s’observe depuis 1985, à retrouver en détails en faisant défiler les quatre graphiques ci-dessous:

1/Le nombre d’exploitations agricoles (conventionnel et bio réunis) a diminué, de façon plus ou moins franche selon les élevages. Cette baisse se remarque particulièrement dans les élevages bovins, porcins et avicoles.

2/L’effectif total des animaux de rente est a minima resté stable, voire a franchement explosé (pour les volailles).

3/Résultat de ces deux facteurs, la population moyenne dans un élevage n’a cessé d’augmenter.

4/C’est particulièrement vrai dans la filière avicole, avec un nombre moyen de têtes qui a sextuplé.

La hausse des effectifs de volailles, au premier rang desquelles les poules pondeuses et les poulets de chair, s’est accélérée ces dernières années:

La Suisse, meilleure élève? C’est ce constat qui motive les auteurs de l’initiative contre l’élevage intensif. Cependant, en opposition totale avec cette revendication à la réduction, le Conseil fédéral et le comité contre l’initiative jugent que la Suisse disposerait déjà de troupeaux de très petite taille, par rapport aux autres pays.

A l’échelle de l’Union européenne, c’est vrai pour les bovins et les volailles, mais pas pour les porcs.

Il faut aborder le cas des volailles avec prudence, car les chiffres (voir le graphe ci-dessous) peuvent être trompeurs:

  • certes, l’écrasante majorité des exploitations de poules pondeuses se compose d’une à 50 poules – un nombre probablement gonflé par les poulaillers de particuliers;

  • certes aussi, dans le cas des poulets de chair, les exploitations les plus nombreuses sont celles avec de 4000 à 8000 individus;

  • mais le fait est que la moitié des poules et plus des deux tiers des poulets de chair vivent dans des exploitations de plus de 8000 têtes.

Beaucoup d’animaux vont-ils déjà dehors? En plus de la législation de base, la Suisse a mis en place dans les années 1990 des systèmes de contributions supplémentaires pour améliorer le bien-être des animaux. Facultatifs, ces deux programmes permettent aux agriculteurs qui y adhèrent de bénéficier de meilleurs paiements directs, en contrepartie de conditions d’élevage – et donc de travail – plus exigeantes:

  • Les systèmes de stabulation particulièrement respectueux des animaux (SST). Y sont par exemple obligatoires des couches de paille ou de sciure, une luminosité minimale, ou encore des aires surélevées pour les volailles, selon les espèces. Une aire à climat extérieur, ou jardin d’hiver, est prévue uniquement pour les volailles.

  • Les sorties régulières en plein air (SRPA) à ciel ouvert. Un cadre précis est défini, et varie selon l’espèce. Parmi les éléments détaillés, la période et le nombre de sorties au pâturage, l’accès à une aire d’exercice avec une surface minimale, les horaires de sorties, etc. Cependant, les sorties au pâturage sont facultatives pour les veaux et les bovins à l’engrais.

Vis-à-vis de l’accès à un espace extérieur à ciel ouvert, chacun peut manier les chiffres pour alimenter son discours:

  • 87% des exploitations de rente bénéficiant de contributions de l’OFAG participent au programme SRPA. L’OFAG n’était pas en mesure de nous fournir un pourcentage sur l’ensemble des exploitations qui disposent d’animaux de rente (dont celles qui ne bénéficient pas de contributions directes, mais elles seraient minoritaires selon l’OFAG).

  • mais 78% des animaux disposent du SRPA. Cette moyenne masque en revanche des disparités entre espèces, avec les poulets de chair les plus mal lotis (voir ci-dessous).

  • Si on s’intéresse maintenant au nombre d’animaux abattus en Suisse, on tombe à seulement un animal sur 10 qui a bénéficié du programme SRPA en 2020, d’après les données de l’Union suisse des paysans. Cela s’explique par le fait que les poulets de chair sont ultra-majoritaires dans les abattages, alors que seulement 8% d’entre eux disposent d’un accès en plein air.